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Le poids de nos mots et de nos gestes

Par Weena Beaulieu, Dt.P.
Diététiste-Nutritionniste

Cette semaine, c’est la semaine “Le poids? Sans commentaire!” Je prends donc ces quelques lignes pour nous inviter à prendre conscience du poids de nos mots et de nos gestes et de l’impact que ceux-ci peuvent avoir chez nos tout-petits. Mon but n’est pas de juger ou de vous amener à ressentir de la culpabilité. L’idée est de susciter une réflexion, car il n’est jamais trop tard pour changer les choses et nous avons le pouvoir de les changer.

Le poids de nos mots et de nos gestes

Vous le savez, nos enfants sont de véritables petites éponges. Ils gobent nos paroles, nos gestes, bref tout ce qu’ils voient ou entendent. Ils nous imitent, nous sommes leur modèle. Êtes-vous de ces enfants qui avez grandi avec des mamans qui clamaient souvent, particulièrement en s’observant sous toutes leurs coutures:

  • “Ah non! J’ai encore pris du poids, je vais devoir me remettre au régime”
  • “M’as-tu vu la culotte cheval”
  • “On sait bien, ELLE, elle a le temps de faire de l’exercice pour rester mince”
  • “Non merci, pas de dessert pour moi. Je dois faire attention à ce je mange”
  • “L’été s’en vient, je devoir me remettre au régime pour être belle dans mon maillot”

Croyez-vous que ces phrases ont eu des impacts sur le regard que vous portez sur votre corps et votre perception de ce que les autres  pensent, bref sur l’importance que vous accordez à votre image corporelle? 

OUI, je suis convaincue que vous avez des souvenirs francs de ces moments et qu’ils ont teintés votre façon de vous percevoir et de percevoir votre corps. On vous a laissé croire que la beauté et le bonheur passe par le poids, que c’est ce qui nous défini et qu’il est préférable d’être mince pour être aimé et valorisé. Erreur.

Parler de poids, de régimes, se peser tous les jours, se regarder dans le miroir en s’inspectant, se soumettre à des restrictions alimentaires (s’empêcher de manger tel ou tel aliment et le dire), faire de l’activité physique par obligation et non par plaisir peut avoir des impacts importants sur nos enfants, ces petites éponges qui nous observent. Cela peut avoir un impact important sur leur relation avec la nourriture ou l’activité physique.  Des études ont clairement démontré que les enfants, particulièrement les filles, ont tendance à se restreindre au niveau de l’alimentation si leur mère, leur modèle, se soumet à des restrictions.

Parler du poids, anodin?

J’ai déjà entendu un grand-papa dire à sa petite-fille: “Allez, mange ma grosse toutoune”.
Grand-papa puis-je seulement manger et ne pas me sentir jugée? J’ai faim.  

On m’a déjà dit, à propos de ma plus jeune de 19 mois, lors d’un pique-nique qui s’éternisait: “Elle peut bien être ronde, elle mange tout le temps”. Douleur pour mon cœur, je ne pouvais croire que l’on puisse penser à cela pour un si jeune enfant. C’est un enfant et elle mange à sa faim. Elle n’est pas ronde, elle n’est pas grosse, elle est ce qu’elle est, elle est unique, point final.

Parler du poids sort souvent des murs de la maison. Parler de poids peut sembler anodin, on en parle au bureau et nos enfants en parle à l’école et de plus en plus tôt malheureusement. Dans notre société, où le culte de la minceur est bien présent, le poids n’est pas un sujet banal à aborder comme parler de la pluie et du beau temps.

Avez-vous déjà prononcé ou entendu ces paroles?
(Ne vous en faites pas, je m’y suis déjà reconnu)

  • “Tu as vu comme elle a engraissé. Elle ne doit plus faire attention”
  • “Wow! Comme tu es belle, tu as maigris?”
  • “L’as-tu vu, ELLE, avec le corps qu’elle a…?”
  • “As-tu vu les fesses qu’elle a?”
  • “L’as-tu vu avec son chandail bien trop serré pour sa grosseur. Elle ne peut pas porter ça”

Sans les dire dans ce but, ces paroles peuvent être très blessantes ou amener une mauvaise perception pour les gens qui les reçoivent ou les entendent parce qu’elles sont interprétées de diverses façons.

A titre d’exemple, voici ce qu’un enfant qui entend ces paroles pourrait penser.  Il pourrait penser qu’on ne peut manger les aliments qu’on souhaite parce que l’on va engraisser, qu’il faut être mince pour être beau, qu’il est normal de mépriser les gens plus minces, que des fesses plus rondes ce n’est pas joli et qu’une personne plus ronde ne peut porter des vêtements ajustés ou que certains vêtements peuvent être portés seulement quand on est plus petit. On ne pense pas toujours à l’interprétation que nos tout-petits peuvent avoir de ce qu’ils voient ou entendent. Nous tâcherons d’être plus à l’affut.

Saviez-vous qu’au Québec, 38% des jeunes filles disent recevoir, de leur entourage, des commentaires négatifs sur leur poids. Que près de 75% des Québécoises souhaitent perdre du poids et que 50% des adolescentes sont insatisfaites de son corps. Faire usage de commentaires sur le poids, peut facilement augmenter l’insatisfaction des gens à l’égard de leur poids.
“Je ne suis pas assez belle, bonne ou bien comme ça?”

Cela peut entrainer des comportements tels que l’entrainement excessif dans le but de maigrir, les diètes, les jeûnes (jeter le lunch à l’heure du diner, se lever dernière minute pour ne pas manger…), sauter des repas, se cacher pour manger, etc. Bref, causer beaucoup de torts tant au niveau physique que psychologique.

Accepter la diversité

En toute naïveté, je rêve du jour où chacun acceptera la diversité corporelle qui nous entoure et que les médias cesseront de nous présenter leur perfection irréaliste. Tout le monde est différent.  Je vous l’assure, être mince ne signifie pas le bonheur assuré, ne signifie pas que vous vous aimerez automatiquement, que vous vous trouverez  plus jolie à l’instant… Tout passe par l’estime que vous avez de vous même, la valeur que vous vous conviez et l’estime de soi ne se définie pas par un chiffre sur la balance.  J’ai été mince toute ma vie, méprisée souvent par certaines à cause de mon poids (On sait bien toi..). Je peux vous assurer que je n’étais pas plus heureuse parce que j’étais mince. Je ne me trouvais pas jolie et je ne m’aimais pas beaucoup. Mon problème était ailleurs, j’y ai travaillé. Personne n’est à  x kg du bonheur. S’aimer et se valoriser ne passe pas par le poids. 

N’oublie jamais que:
“Quand je te regarde, je te vois toi. Je ne vois pas ton poids. Tu es une personne, pas un poids. Tu es une personne extraordinaire. Tu te définis par ta personnalité, tes qualités, tes défauts, tes talents, tes compétences… Tu n’es pas un chiffre sur la balance, tu es une personne. Oui, tu as des formes, ce sont les tiennes, celles qui font de toi, entre autres, une personne unique.”

Faisons notre part pour faire grandir nos tout-petits dans un monde exempt de commentaires sur le poids.

  • Ne parlons pas de poids devant nos enfants, bref essayons de ne pas en parler tout court.
  • Conscientisons nos enfants à l’impact de leurs paroles sur les autres.
  • N’ayons pas peur d’intervenir lorsque notre entourage dépasse les bornes avec nos enfants ou nous-même. “S.V.P. J’aimerais que tu arrêtes de faire des commentaires sur le poids de mon enfant, il n’a pas besoin d’entendre parler de cela.”
  • N’hésitons pas à aller chercher de l’aide si la gestion de notre poids est au centre de nos préoccupations.

Soyons optimistes tous ensemble, en faisant chacun notre part, et rêvons d’une VIE ENTIÈRE “Le poids? Sans commentaire!”