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Je m’appelle Émile, j’ai 5 ans et c’est “dégeu”!

Par Weena Beaulieu, Dt.P. 
Diététiste-Nutritionniste

Mon petit Émile a 5 ans, bientôt 6 qu’il s’amuse à dire. Côté alimentation, la dernière année ne fut pas de tout repos. « Ah non, pas ça » et « Je n’aime pas ça » ont été des phrases souvent entendues à la maison à l’heure des repas. Lui, qui mangeait pratiquement de tout avec appétit depuis quelques années, est revenu avec des refus et des « beurk ». Mon conjoint et moi prenons souvent de grandes respirationsVous devez vous reconnaître parfois… 

Malgré toutes mes connaissances sur l’alimentation des enfants, ce n’est pas toujours facile de rester « zen ». Pour me rassurer, je regarde ma mangeuse sélective devenue grande (11 ans) et ma fille de 7 ans Elles sont passées plus ou moins facilement par ces étapes et ont, aujourd’hui, un répertoire alimentaire bien élargi. L’espoir est là.   

Je peux donc saisir votre incompréhension quand, après avoir mis tout votre cœur à préparer le repas, vous êtes accueillis par « pas encore ça », « je n’aime pas ça » ou « c’est dégeu » ou encore que la « bouderie » s’amène à la table.  

Sur le moment, la façon d’y réagir de façon constructive n’est pas facile. Leurs comportements et leurs attitudes nous font vivre un tas d’émotions : déception, peine, colère, incompréhension… Difficile d’y voir clair quand nous sommes fatigués et assaillis par ces émotions. Pourtant, après une « GRANDE » respiration, les solutions ne sont pas trop compliquées. Elles sont présentées un peu plus loin.  

Ce qui se passe dans la tête de ces tout-petits vers 4-5 ans 

Vers l’âge de 4-5 ans, nos enfants entrent dans la phase où ils ont besoin de nous faire connaître leurs goûts« Tu décidais pour moi avant, plus maintenant. » Chez nous, de beaux vêtements neufs restent dans la garde-robe, il refuse de les porter. Il paraît que je les ai acheté trop petits! Il n’aime plus ses sous-vêtements adorés, préfère ses vieilles lunettes soleil et ne veut plus faire de ski, mais de la planche à neige. Vous voyez le topo.  

91171562Le contenu de l’assiette ne fait pas exception. Votre enfant manifeste ses préférences alimentaires. Cela se traduit par des commentaires du type de ceux mentionnés précédemment. Ce que l’on devrait saisir ce n’est pas qu’ils n’aiment pas ça, mais plutôt qu’ils souhaiteraient manger autre chose que ce qui est servi. Cela signifie davantage: “Je ne voulais pas ça, j’aurais préféré manger autre chose! 

Vous souvenez-vous de leur phase de néophobie alimentaire? Vous savez cette «bibitte » queEnfant refuse manger tomate l’on retrouve sur le chemin de nos enfants vers l’âge de 2 ans et qui amène des refus de goûter, des grimaces, des haut-le-cœur avec des aliments nouveaux ou connus 

Les comportements et attitudes observés lors de la manifestation de leurs préférences alimentaires s’apparentent grandement à ceux de la néophobie alimentaire et les stratégies pour traverser cette nouvelle phase sont sensiblement les mêmes.  

États d’âmes incompatibles avec les repas?  
NONNe désespérez pas.  

Comment y faire face? 

Pas de 2e mets. Présenter l’aliment « mal aimé » à votre enfant.  

Généralement, vous savez que votre enfant a déjà mangé ce mets. Il ne le déteste donc pas. On lui servira une petite portion de l’aliment ou du mets mal aimé afin qu’il soit tout de même en contact, même s’il ne veut pas le manger« Je comprends ce que tu me dis, je vais tout de même en mettre un peu dans ton assiette et tu pourras goûter si tu veux» 

L’idée de mettre l’aliment dans l’assiette ne fonctionne pas toujours, les enfants ne sont pas tous réceptifs à cela et peuvent même devenir « réactifs ». Mon Émile refuse que je mette un aliment non souhaité dans son assiette et le manifeste au point que le repas peut être gâché pour l’ensemble de la famille. Il a tout un tempérament.  

Ce que je fais…
Je dépose tous les aliments du repas au centre de la table, à la vue de tous. Chacun peut se servir s’il le souhaite. Le mot clé est de se servir de chacun des aliments présents qui composent le repas. Émile refuse le porc en sauce à la moutarde
! Ce n’est pas grave. Il ne le dépose pas dans son assiette, mais est tout de même en contact avec celui-ci, puisqu’il est sur la table. 

Résultats…
Dans 75% des cas, il va se servir de l’aliment refusé au départ. Il nous observe le manger, entend dire que c’est bon et décide de s’en servir. Dans la moitié des cas, il va dire que c’est 
vraiment bon, alors qu’au départ c’était le pire repas de la terre!

 

NB : Je n’oblige jamais à goûter ou à manger l’aliment moins appréciéCela amène, le plus souvent, un refus ou uneimg01_style_autoritaire réaction vive de la part de l’enfant. Il peut ainsi s’installer une crainte que cette obligation revienne et il percevra les occasions de manger comme un moment négatif qu’il va appréhender 

Imaginez que je vous oblige à manger un aliment que vous ne souhaitez pas du tout. L’aimeriez-vous davantage ensuite? 
Non, j’en suis certaine et vous ne souhaiteriez plus me voir à votre table.  

Savourez les aliments avec vos enfants! 

Vous êtes les modèles pour vos enfants et ils agissement par mimétisme en répétant vos gestes.  S’il vous voit manger les aliments, avoir du plaisir à le faire, ils seront assurément tentés de faire de même!  

C’est de cette façon que nous encourageons Émile à goûter ou à mettre l’aliment dans son assiette. Nous mettons nos deux filles à profit et c’est à grand coups de : « Oh. C’est vraiment bon la sauce à la moutarde », « J’aime ça, la viande est vraiment tendre », etc. que nous encourageons bien subtilement Émile. Les sourires et les clins d’œil fusent de toute part lorsqu’il nous demande de lui en servir ou qu’il tend la main vers le plat. 1 à 0 pour nous Émile!  

Encourager vos enfants à goûter en leur parlant de l’aliment, en le savourant vous-même est vraiment gagnant. Ça ne fonctionne pas toujours, mais les petites victoires, qui deviennent de plus en plus nombreuses avec le temps, sont les leviers de notre motivation.   

Encourager les efforts d’avoir goûté ou d’avoir accepté l’aliment dans son assiette.  

« Bravo, je suis fière de toi, tu as goûté. » Le renforcement positif encouragera votre enfant à répéter son comportement aux prochaines occasions de manger.  

Chez nous, le « tape là-dedans » en présentant la main est la stratégie qui amène le plus grand sourire chez Émile!  

Cuisiner les aliments/mets mal aimés avec votre enfant.  

Bien que ce ne soit pas toujours possible, il est intéressant d’impliquer vos enfants en cuisine à tout moment, mais plus particulièrement lorsque des mets moins appréciés ou dont ils ont moins envie sont servis.  

Émile cuisineJe n’ai pas toujours le temps (ou l’envie) moi non plus, mais le plus souvent j’essaie de trouver une tâche en cuisine pour inciter à goûter. Ne serait-ce que verser la crème pour la sauce, sortir les ingrédients, mettre la table, m’observer…  

votre enfant sera davantage incité à goûter parce qu’il sera fier de l’avoir cuisiné avec vous et parce qu’il aura eu un premier contact avec l’aliment en le cuisinant!

 

Après qu’ils ont accepté le repas une fois, c’est dans la poche?  

Ce n’est pas si simple. Dans le cas de la manifestation des préférences alimentaires, votre enfant n’agit PAS de cette façon parce qu’il n’aime pas l’alimentLe plus souvent, il aurait souhaité manger autre chose et tentera de vous persuader en disant qu’il n’aime pas ça.  

Le « jeu » est donc à recommencer, pratiquement, à tous les repas!  

Il est certain que lorsque je sers le poulet au sirop d’érable qu’Émile me demande tout le temps ou un spaghetti sauce à la viande, je n’ai aucun commentaire et il mange avec appétit.  

Soyez persévérant, cette étape passera, mais je mentirai de dire que ce n’est pas long.  
Chez moi, je vous dirais que nous y sommes depuis au moins un an.  
Après tout ce temps, les réactions d’Émile aux repas et les nôtres face aux refus sont assez prévisibles 

PERSÉVÉREZ et réduire nos attentes face à goûter ou manger est la clé pour passer plus facilement à travers cette étape chez nos tout-petits.   

Ce que l’on retient :  

  • Vers 4-5 ans, les enfants nous manifestent leurs préférences alimentaires. 
    • Ils sont dans l’étape où ils manifestent leurs goûts en tout genre.  
  • Différentes stratégies sont possibles pour passer au travers : 
    • Servir l’aliment dans l’assiette ou le déposer à la vue au centre de la table même si l’enfant le refuse.  
    • Savourer les aliments avec les enfants pour agir comme modèle 
    • Gratifier les efforts d’avoir goûté ou mis l’aliment dans son assiette 
    • Cuisiner avec les enfants les incite à goûter les mets qu’ils ont préparés.  
  • Même si l’enfant a goûté ou mangé un mets, il est fort probable que le comportement de refuser ou de dire « Je n’aime pas ça » revienne lorsque ce même met sera au menu. Il est important de persévérer.  
    • L’enfant nous manifeste qu’il apprécie moins ou qu’il aurait souhaité manger autre chose. Même s’il aime tout de même ce qui est dans son assiette, il manifestera ses préférences. C’est normal, il en ressent le besoin. 
  • Obliger à goûter ou à manger n’amène pas le résultat souhaité, soit qu’il aime l’aliment.  
    • Des stratégies telles qu’obliger à goûter amènera une expérience négative et l’enfant risque d’appréhender le moment du repas.   

 
Il est facile de retirer de l’alimentation de votre enfant les aliments qu’il apprécie moins ou qu’il refuse de manger après seulement quelques repas. Pour devenir un jeune adulte qui apprécie une variété d’aliments, votre enfant doit avoir eu l’opportunité d’avoir été en contact avec divers aliments, mets, saveurs, textures, etc…. Il doit aussi avoir eu la chance de choisir le moment où il allait décider d’en manger, sans être brusqué ou obligé, même si dans votre œil d’adulte cela peut sembler une éternité…  

Il ne le veut pas aujourd’hui, mais il l’acceptera surement un jour. 
maman aime