Si nous faisions le tour du monde, nous réaliserions rapidement que les critères de beauté valorisés dans chaque pays sont bien différents. Peau blanche, visage effilé, rondeurs, monosourcil et teint basané n’en sont que quelques exemples.  

Dans notre société, nous valorisons, entre autres, les corps féminins minces et élancés et les corps masculins très musclés.  

Comment, avec une génétique et un poids naturel qui nous sont propres, serait-il possible pour chacun d’entre nous d’atteindre ces idéaux de mannequins musclés garçonbeauté ?
Nous savons pertinemment que ces idéaux sont irréalistes. La plupart des photos sont retouchées et la majorité des mannequins sont astreints à des diètes et des plans d’entraînement qui demanderaient d’arrêter de travailler sur le champ pour s’y consacrer. Pourtant, c’est ce à quoi plusieurs aspirent. Ces représentations modifient grandement notre rapport avec notre corps.  

L’image corporelle 

L’image corporelle est la relation que j’entretiens avec mon corps et son apparence. C’est donc la perception que j’ai de mon corps et ce que je crois que les autres ont comme perception de celui-ci. L’image corporelle inclut aussi les pensées et les sentiments qui se dégagent de ces perceptions, qu’ils soient positifs, neutres ou négatifs.  

Pourquoi parler de l’image corporelle chez les tout-petits? 

enfants heureuxL’image corporelle est l’une des facettes de l’estime de soi. J’aime bien cette définition simple de l’estime de soi : la perception consciente de sa propre valeur 

L’image corporelle, c’est-à-dire la perception que j’ai de mon propre corps et ce que je crois que les autres en pensent, peut influencer directement cette perception consciente de ma propre valeur.  

 

Plus j’accepte mon corps tel qu’il est, plus il est possible que je ressente du bien-être et de la fierté lorsque je pense à ce que je suis globalement.  

Moins j’apprécie mon corps, moins il est possible que je ressente du bien-être et de la fierté lorsque je pense à ce que je suis globalement. 

Cela peut sembler simpliste, mais cela représente bien la relation entre l’image corporelle et l’estime de soi.  

L’image corporelle commence à se construire très tôt chez les tout-petits, dès la petite enfance. Il est important de savoir que l’image corporelle se construit sous le regard des autres. Les personnes clés gravitant autour de l’enfant ont donc une influence très importante sur le développement d’une image corporelle positive chez les enfants. Un élément à retenir. 

Une image corporelle positive, c’est quoi?  

J’ai une image corporelle positive lorsque je :  je mange avec mon coeur

  • Vois mon corps tel qu’il est et l’accepte, peu importe sa silhouette;   
  • Ne formule pas de commentaires négatifs envers mon corps 
  • M’apprécie pour d’autres raisons que mon apparence; je valorise mes compétences, mes qualités et mes réussites.  
  • N’établis pas de liens entre les aliments, mon corps ou mon poids. Je mange avec plaisir, sans culpabilité, et je respecte ses signaux de faim et de satiété.  

En résumé, j’ai une image corporelle positive lorsque je traite mon corps avec bienveillance et que j’en prends soin 

Pour aider et comprendre notre enfant, ayons un regard réflexif sur notre relation avec notre corps.  

La première étape pour aider notre enfant à se bâtir une image corporelle positive est d’analyser nos perceptions. Le but ici est d’initier une réflexion sur notre propre image corporelle et la perception globale de notre valeur.  

En 2019, 75 % des femmes aimeraient diminuer leur poids, et ce même sans être en surpoids ou avoir de problèmes de santé reliés au poids. C’est énorme et préoccupant. Les statistiques chez les enfants qui souhaitent perdre du poids sont tout aussi alarmantes.  

Comme parents, nous avons une influence incroyable sur nos enfants. Nous sommes leurs modèles. Sachant que l’image corporelle se construit en bas âge, il importe de réaliser les comportements qui influencent nos tout-petits.  

Pensez un moment à votre maman.  femme mesure ventre

  • L’avez-vous déjà entendu porter un jugement sur son corps? Était-elle négative lorsqu’elle se magasinait des vêtements

     

Quelle a été cette influence pour vous ? 

Je parierais que pour plusieurs, vous établissez, à ce moment, le lien entre votre maman préoccupée par son corps et votre difficulté à accepter vos courbes d’aujourd’hui ou le lien entre votre maman qui n’a jamais vraiment commenté son corps et le fait que vous acceptiez le vôtre aujourd’hui.  

Nous tentons le plus souvent de modifier notre corps pour l’accepter davantage, alors que nous sommes coincés dans un engrenage. Ce sont nos perceptions face à notre corps et les raisons qui nous conduisent à avoir ces perceptions qui doivent être modifiées, et non notre corps. Pour faire ce travail d’acceptation et se voir avec un œil nouveau, il est souvent utile d’aller vers une ressource qui nous accompagnera dans ce changement.  

Inconsciemment, des attentes irréalistes.  

Nos comportements et nos paroles face à notre poids ou à celui des autres peut inconsciemment amener notre enfant à croire que c’est ce que nous attendons de lui ou non.  

Maman: « Elle est si mince et si jolie depuis qu’elle a perdu du poids. »   
Pensées d’enfant: Maman l’a dit, j’aimerais lui ressembler. Il faudrait que je perde un peu de poids.   

Papa: « Ayoye, il est si fort avec ses gros muscles. »  
Pensées d’enfant: Papa l’a dit, je devrais avoir de gros muscles comme ça pour être fort et l’impressionner.   

Sachant cela, il serait préférable :  

  • D’éviter de parler négativement de mon corps ou encore de m’observer sous toutes mes coutures dans le miroir devant mes enfants; 
    • L’idéal serait de ne porter aucun jugement sur mon corps.  
  • Éviter de juger positivement ou négativement les autres en fonction de leur poids; 
    • Oh! Tu es belle, tu as perdu du poids. L’enfant peut y comprendre qu’il sera plus joli s’il perd du poids. Votre enfant pourrait commencer à s’observer et il est possible, même en bas âge, qu’il tente d’exercer un contrôle sur son alimentation en réduisant ses portions, en mangeant moins de desserts, en évitant de manger des collations entre les repas… Ce sont des comportements que vous ne souhaitez pas observer chez vos enfants, j’en suis certaine.   
  • Éviter d’établir des liens entre les aliments, le corps et le poids; 
    • Pour un enfant, il est souhaitable de ne pas entendre parler de poids, de liens entre nourriture, poids et régime. L’interdiction de consommer un aliment ou l’usage de contrôle peut avoir un impact très négatif sur celui-ci. Si vous suivez un régime par exemple, votre enfant vous observe. Il pourrait se sentir coupable de manger tel ou tel aliment, même en votre absence, ou il pourrait carrément s’interdire d’en consommer. Cette restriction entraîne un attrait important pour ces aliments et un désir de les consommer qui pourrait conduire à une surconsommation ou encore à des comportements tels que se cacher pour en manger.   

La valorisation, une des plus grandes clés 

La valeur de notre enfant va bien au-delà de l’apparence. 

L’estime de soi doit reposer sur des bases solides et non pas seulement sur l’apparence. L’enfant doit être aimé, valorisé, respecté pour ce qu’il est et non uniquement pour son corps et sa beauté extérieure.  

  • Ton dessin est digne d’un peintre.  
  • Tu attaches tes lacets comme un pro.  
  • Merci de m’aider à débarrasser la table, c’est très gentil.  
  • Tu me fais tellement rire, un vrai humoriste.   
  • Tu es toujours prêt à aider les autres. C’est une merveilleuse qualité.  
  • Tu es imaginatif, je n’aurais pas pensé utiliser cela! 
  • Je suis fière de toi, ton enseignante m’a dit que tu participais beaucoup en classe. 
  • Ton sourire est comme un rayon de soleil 
  • Nous avons un corps incroyable. Il nous permet de sauter, courir, faire des «colleux», marcher, grimper, faire du vélo, jouer avec les amis.  

Il y a tellement d’exemples de compétences, de qualités que nous pouvons renforcer chez nos tout-petits. Il n’est pas mentionné ici de ne jamais dire à notre enfant que nous adorons ses petits cheveux bouclés, que ses yeux couleur noisette nous font fondre ou encore que ses petites fossettes sont adorables. Ce qui est soulevé, c’est d’éviter de valoriser notre enfant uniquement sur des éléments liés à l’apparence. On est si beau à l’intérieur.  

murs briques-mains enfantsDans un autre ordre d’idée, l’égalité entre enfants est aussi importante. Chacun a besoin de vos bons mots! Encouragez-les, soulignez leur réussite. Tous ces renforcements positifs sont les briques de leur estime de soi. Nombreuses et solides, ces briques renforcent les compétences de l’enfant et s’imbriquent solidement pour bâtir une estime de soi forte. 

Plus l’estime de soi de votre enfant sera bâtie sur d’autres domaines et compétences, les fameuses briques, et non seulement sur l’apparence, moins celle-ci sera sujette à diminuer si l’image corporelle de votre enfant se trouve momentanément ébranlée et tend à devenir plus négative. L’image corporelle d’un enfant pourrait momentanément être ébranlée par un commentaire peu gentil d’un pair sur son apparence par exemple.   

Parents, que pouvons-nous faire pour aider notre enfant à avoir une image corporelle positive? 

  • Discutons avec notre enfant des changements corporels qui surviendront à l’adolescence; 
    • Si notre enfant sait que son corps changera, que certaines formes vont s’intensifier, il aura déjà un pas de fait vers l’acceptation de ces changements.  
  • Valorisons le plaisir de bouger en famille; 
    •  Bouger se doit d’être un moment agréable et amusant. Valorisons ces moments et leur participation. Cela ne doit pas être perçu comme un moyen de contrôle du poids en brûlant des calories.  
  • Mettons de l’avant les réussites, les compétences, les qualités de notre enfant pour le valoriser;  
    • Notre enfant est une personne extraordinaire pour bien d’autres raisons que son apparence.  
  • Évitons les commentaires positifs ou négatifs sur le poids ou l’apparence de quelqu’un, particulièrement devant les enfants; 
    • Même s’ils sont positifs, ces commentaires mettent en valeur l’apparence et en augmentent l’importance.  
  • Valorisons les différents formats corporels;  
    • Nous sommes tous différents et nous sommes bien plus qu’une simple silhouette. Que l’on soit grand, petit, maigre, mince ou que l’on ait des rondeurs, notre valeur va bien au-delà de l’apparence. 
    • À titre d’exemple, il serait possible de rattraper le commentaire d’un enfant sur le poids d’un pair en lui expliquant que nous sommes tous différents, que nos cheveux, nos yeux, notre grandeur, etc. sont propres à chacun et que c’est la même chose pour nos bras, nos jambes, notre ventre… Bref, leur démontrer que c’est impossible que tout le monde soit comme «Barbie» ou «Ken».  
  • Amenons le plaisir de manger à table. Mangeons avec notre cœur et non notre tête; 
    • En ce sens, écoutons nos propres signaux corporels de faim et de satiété et encourageons nos tout-petits à faire de même. C’est-à-dire en respectant qu’ils puissent arrêter de manger lorsqu’ils n’ont plus faim ou encore en demander à nouveau s’ils ont encore faim; 
  • Évitons de restreindre certains aliments ou d’exercer un contrôle sur l’alimentation de nos enfants.  
    • Les liens entre les aliments, le corps et le poids ne devraient pas exister. Ce n’est pas une préoccupation d’enfant… 
  • Développons tôt un regard critique face aux images présentées dans les différents médias et par les livres et jouets disponibles pour enfants; 
    • Très tôt, nos enfants sont confrontés aux stéréotypes de la société. L’exposition est fréquente, que ce soit le contact avec «Barbie», les personnages de superhéros, les livres de princesses et bien plus. Ce contact se poursuit pendant toute l’enfance avec la télévision, internet, les magazines…  
      • Notre rôle est de leur démontrer l’irréalisme de ces images.  Si Barbie était vraie, elle ne tiendrait probablement pas debout 

Chers parents, n’oublions pas que nous sommes la base des valeurs de nos enfants. Nous représentons leur fondation, ce pilier fort toujours présent. Nous sommes leurs modèles et ces petites éponges souhaitent, parfois inconsciemment, imiter chacun de nos gestes, chacune de nos paroles, etc.   

Gardez en tête que même s’il semble ne plus écouter vos conseils ou ne plus avoir besoin de vous (lire ici l’adolescence), vous serez toujours les personnes les plus importantes. Vous proposez des repères, vous êtes la souche de leurs valeurs, et vous êtes présents pour soutenir vos jeunes. Vous êtes essentiels pour les amener à réfléchir sur différents aspects de leur développement.  

Je sens que mon enfant à une image corporelle négative s’il 

  • Semble contrôler son alimentation. Son attitude face aux aliments a changé.  
  • Il pose des questions sur les aliments, leur contenu nutritionnel 
  • Il n’amène plus de collations à l’école 
  • Il ne prend plus de dessert 
  • Il a réduit ses portions  
  • Il mentionne parfois avoir faim, mais ne répond pas à sa faim en mangeant… 
  • Il fait des recherches sur des diètes 
  • Il s’entraîne beaucoup et semble s’obliger à faire de l’activité physique sans plaisir et souvent seul.  
  • Il porte des commentaires sur sa silhouette ou son poids…  

Il n’est pas rare que l’on note de la tristesse, de l’isolement, de l’irritabilité et même de l’anxiété et de la dépression chez les jeunes qui souffre d’une image corporelle négative.  

Il est important de nommer les choses et de parler avec votre enfant si vous sentez qu’il développe une préoccupation envers son poids et son apparence. Il est possible que vous ayez besoin d’aide pour aborder cette situation ou que malgré vos essais, votre enfant ne semble pas aller mieux. Vous l’aimez, alors n’hésitez pas à demander l’aide d’un travailleur social ou d’un psychologue spécialisé avec les enfants et les jeunes. Il est essentiel de travailler les perceptions face à son propre corps, de déterminer les raisons qui mènent à ces perceptions et de renforcer ses compétences dans d’autres domaines. Ce peut être difficile à accomplir seul.  Demander de l’aide n’est pas un échec, mais un beau geste d’amour. 

À retenir 

Les standards de beauté varient d’une région du monde à l’autre. Les stéréotypes de notre société sont totalement irréalistes; 

  • L’image corporelle est la relation que nous entretenons avec notre corps et son apparence. Elle englobe la perception que nous avons de notre corps, de quelle façon nous croyons que les autres le perçoit et toutes les sensations reliées à ces perceptions;  
  • L’image corporelle se construit dès la petite enfance, sous le regard des autres. Les adultes ne doivent pas négliger leur impact ;   
  • L’image corporelle est une facette de l’estime de soi, qui peut se définir par la perception que nous avons de notre propre valeur;  
    • Porter un regard réflexif sur sa propre relation avec son corps permet d’être mieux outillé pour accompagner notre enfant vers une image corporelle positive  
  • Les enfants analysent nos gestes, nos paroles, nos comportements dans le but de les imiter. Plus nous serons bienveillants envers notre corps, plus ils seront enclins à l’être aussi;  
  • Valoriser les compétences, les qualités, les réussites de nos enfants plutôt que son apparence permet de bâtir une estime de soi plus solide;  
  • Développer tôt un regard critique chez l’enfant face aux stéréotypes irréalistes véhiculés dans notre société en valorisant la diversité corporelle;  
  • Demeurer alerte aux signes d’une image corporelle négative chez notre enfant et ne pas hésiter à aller chercher de l’aide d’une travailleuse sociale ou d’un psychologue spécialisé avec les enfants et les jeunes 

Nous sommes les modèles et les repères de nos enfants. Notre soutien leur est indispensable.  

Équilibre, un groupe d’actions sur l’image corporelle, la santé et le poids, a instauré depuis quelques années, une semaine qui se nomme : «Le poids, sans commentaires!» 

Que ce défi sème des graines et que nous devenions : «Le poids, sans commentaires!» tous les jours de la vie. Tel est mon souhait.  

Nous gagnerions tous à nous accepter davantage, à traiter notre corps avec amour et bienveillance. Pour nous, nos enfants et l’avenir.  

Maman, papa, tu m’aimes, c’est génial.
Tu sais quoi Je m’aime moi aussi.

 

 

 

 


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