Fillette mange céréales

Encore une bouchée!

Par Weena Beaulieu
Diététiste-Nutritionniste

Encore une bouchée de viande avant de sortir de table! 

Quel parent n’a jamais utilisé ce type de phrases pour faire avaler quelques bouchées à sa progéniture?
J’en connais peu, je m’y inclus. 
 

Bien intentionnés, nous souhaitons seulement que nos enfants grandissent bien et ne manquent de rien.
C’est légitime, nous les aimons tant et souhaitons le mieux pour eux. 
Cependant, est-ce une bonne idée? 

Dans ma bouche! 

Fillette qui tire la langueNul bébé ne vient au monde en « aimant » toutes les saveurs et toutes les textures des aliments. Il doit apprendre à les aimer. Cependant, nos enfants naissent avec certaines préférences alimentaires.  Apprécier la saveur sucrée et avoir en aversion l’amertume est inné. C’est ce qui explique leur réticence envers certains aliments que l’on souhaiterait qu’ils consomment… les fameux légumes. En effet, les légumes sont, pour la plupart, naturellement soufrés et amers, des saveurs que les tout-petits doivent apprivoiser pour aimer.  

Qui plus est, ces petits êtres possèdent davantage de papilles gustatives que nous, les adultes, et celles-ci sont plus sensibles. C’est, entre autres, pour ces raisons que goûter un aliment peut être une expérience très intense pour un enfant. Nous n’avons qu’à penser à la grimace lorsque bébé croque un citron, à la mimique faciale lorsque le plat servi est trop froid ou trop chaud… 

Entre les enfants, il y a aussi des différences dans la perception du goût. Certains enfants ont des papilles gustatives moins sensibles et dévorent tout sans problème, car ils goûtent moins. Je m’amuse à dire qu’ils ont de « vieilles papilles usées d’adultes ». D’un autre côté, des tout-petits ont des papilles si aiguisées, qu’ils découvrent le grain de poivre avant qu’on ait eu le temps de le mettre dans l’omelette.  

Il est donc impossible de souhaiter que tous les enfants aient le même type de réaction devant les mêmes aliments. Certains vont manger sans rien dire, d’autres vont explorer : regarder, toucher, sentir, goûter, manger et ultimement apprécier, alors que d’autres vont repousser sans goûter… 

Les obliger à goûter ou à manger l’aliment qu’ils apprivoisent doucement ou qu’ils apprécient moins ne contribue pas à leur rendre service pour l’avenir. Ils vont manger l’aliment certes, mais ce sera difficile pour eux d’apprendre à l’aimer et à le manger avec plaisir. L’obligation rend l’expérience moins positive.  

Dans mon bedon! 

Saviez-vous que nos tout-petits viennent au monde avec la capacité de manger lorsqu’ils ont faim et d’arrêter lorsqu’ils n’ont plus faim? Nos enfants sont réellement connectés avec ce qui se passe dans leur bedon et il serait souhaitable de leur laisser la chance d’écouter ces précieux messages.  

Je n’ai plus faim, je veux mon dessert. Possible? OUI! 

Dessert enfantCette phrase signifie plutôt que votre enfant n’a plus d’appétit pour les aliments salés de son plat principal et qu’il souhaite terminer de satisfaire sa faim avec le dessert qui a une autre saveur. Il sait que le dessert vient après le plat principal et il se garde une place dans son petit bedon pour le consommer.  

Nos enfants détestent se sentir « rempli » de nourriture. Les obliger à prendre quelques bouchées supplémentaires ou à terminer l’assiette pour avoir le dessert, revient à leur dire de manger au-delà de leur faim s’ils souhaitent avoir un dessert 

Évitons… 

Il peut être rassurant et tentant d’utiliser quelques ruses pour faire manger nos enfants, c’est-à-dire pour les amener à manger ce que l’on souhaite qu’il consomme. Je parle ici d’un aliment en particulier ou d’une quantité d’aliments 

Utiliser ces stratégies n
’est pas nécessairement une bonne idée.
Je vous expose les raisons ci-dessous. 
 

Punir ou récompenser l’enfant avec les aliments ou le punir de ne pas avoir goûté.  
 

  • Tu n’auras pas de dessert, si tu ne prends pas encore 3 bouchées. 91171562
  • Bravo! Tu as fini TOUT ton poulet. Viens je vais te donner ton biscuit…  
  • Tu ne veux pas terminer ton assiette, pas de dessert ce soir.  

Pourquoi éviter ?
Cela peut développer un attrait marqué pour les aliments ou friandises qui sont offerts en récompense (le dessert!) et diminuer l’attrait pour les aliments que les enfants sont obligés de consommer (légumes, viandes…) De plus, si l’enfant décide de manger quelques bouchées supplémentaires ou encore de finir son assiette pour manger son dessert, vous l’obligez ainsi à manger au-delà de sa faim!
 

Utiliser le chantage émotif pour inciter fortement, voire obliger l’enfant à manger …

  • Fais-moi plaisir, mange tes brocolis! 
  • Je suis fière de toi, tu as tout mangé ton omelette aux champignons! 
  • Encore 2 bouchées pour maman, papa… 
  • Qu’est-ce qu’il y a? Tu n’aimes pas ça? Maman/papa a préparé ce plat avec amour pour toi. Je suis déçue que tu ne manges pas.  

Pourquoi éviter ? L’enfant ne doit pas croire que notre amour ou notre fierté dépend du fait qu’il consomme ou non un certain aliment. Cela pourrait l’inciter à manger l’aliment ou à terminer l’assiette uniquement pour nous faire plaisir et le conduire à dépasser sa faim pour avoir notre attention.  

Éviter de restreindre ou d’interdire certains aliments.   

  • Pas de gâteau pour toi, tu auras une salade de fruits, tu as peu mangé.  
  • Pas de dessert, car tu n’as pas fini ton assiette! 
  • Les «chips», ce n’est pas bon pour les enfants, c’est juste pour les grands.  

Pourquoi éviter ? Il est connu que la privation ou la restriction peut conduire à l’excès. L’enfant pourra avoir tendance à surconsommer les aliments restreints ou interdits lorsqu’il sera en contact avec ceux-ci. Par exemple, à une fête d’anniversaire, l’enfant pourrait être tenté de manger plusieurs parts de gâteau ou de se nourrir aux jujubes ou aux chips! 

Insister pour que l’enfant goûte, mange davantage ou termine son assiette.  

  • Mange ton assiette, il y a des petits enfants qui meurent de faim en Afrique. img01_style_autoritaire
  • Mange, il ne faut pas gaspiller.  
  • Encore 2 bouchées… 

Pourquoi éviter? Obliger, forcer un enfant à manger nuit au plaisir de manger sainement, car l’enfant n’apprend pas à aimer l’aliment qu’il est contraint de manger. De plus, cela nuit à l’écoute de ses signaux de faim et de rassasiement.  

Éviter les promesses exagérées 

  • Cet aliment va te faire grandir et te rendre fort! 
  • Manger tous ces légumes aide à être en santé! 
  • Si tu manges tes carottes, tu n’auras pas besoin de lunettes comme moi quand tu seras grande! 

 Pourquoi éviter ? Un enfant mange un aliment parce qu’il en apprécie le goût, non PAS parce qu’il est bon pour sa santé. Les promesses exagérées mettent inutilement de la pression à manger sur l’enfant. Vous savez quoi? J’ai mangé des carottes toute ma petite enfance et j’ai mérité des lunettes en 3e année du primaire… 

Ce que l’on devrait plutôt faire…

je mange avec mon coeur

 

 

 

 

 

Présenter l’aliment plusieurs fois et encourager à goûter, sans obliger! 

Votre enfant doit se familiariser avec l’aliment pour le découvrir et ultimement le consommer. Exposer de façon répétée votre tout-petit est le premier pas d’une solution gagnante. N’offrez pas l’aliment tous les jours si l’enfant démontre une résistance face à celui-ci, mais n’attendez pas trop longtemps, car l’aliment redeviendra nouveau pour l’enfant. Encourager votre enfant à goûter en lui parlant de l’aliment, en le savourant vous-même, mais surtout ne l’obligez pas à le mettre dans sa bouche s’il ne veut pas. Soyez confiant, il le fera un jour par lui-même! 

Partager le repas avec votre enfant! 

Votre enfant agit par mimétisme, vous êtes son modèle. S’il vous voit manger les aliments, avoir du plaisir à le faire, il sera assurément tenté de faire de même! 

Gratifier les efforts de votre enfant! 

Félicitations! Bravo! Super! Adulte comme enfant, nous aimons les encouragements. Encourager votre enfant lorsqu’il goûte un aliment moins apprécié ou un nouveau mets l’incitera à le manger à nouveau.  

Impliquer votre enfant dans la cuisine! 

Lorsque c’est possible, demandez à votre enfant de cuisiner avec vous et plus particulièrement, lorsqu’un aliment qu’il apprécie moins est au menu. Il sera davantage incité à goûter parce qu’il sera fier de l’avoir cuisiné avec vous et parce qu’il aura eu un premier contact avec l’aliment en le cuisinant! Je vous l’assure, c’est une approche qui fonctionne! 

Servir le dessert prévu au menu même si l’enfant refuse son repas principal ! 

Le dessert est un complément du repas et doit être traité comme tous les autres aliments au menu. Votre enfant pourra manger une portion de dessert comme tous les autres membres de la famille.   

Gardez son assiette non loin, car il est probable qu’il vous dira qu’il a encore faim après son dessert, particulièrement s’il a peu touché à son plat principal.  Vous pourrez alors lui mentionner qu’il peut manger ce qui est dans son assiette, car c’est ce qui était prévu au repas. S’il refuse, faites-lui réaliser que la prochaine occasion de manger sera à la collation et qu’il risque d’avoir très faim. Il fera alors son choix entre manger ou ne pas manger. Cela fait partie de l’apprentissage.  

Ma suggestion…  

heart-2402086_1920Pour banaliser encore davantage le dessert, je vous suggère d’essayer de servir tous les aliments en même temps sur la table; plat principal et dessert. Votre enfant aura donc la liberté de le manger quand il veut (même avant le plat principal), car c’est un aliment comme un autre qui fait partie du repas.
Essayez-le.  Je vous le dis, ça marche!
 

 

À bientôt!