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Portions ou Disproportions

Par Weena Beaulieu, Dt.P. 
Diététiste-Nutritionniste 

Il y a 6 ans, ma plus grande faisait son entrée à l’école. Au fil des « grands » restes (comme dans repas à peine touchés) qui revenaient dans sa boîte à lunch, une réflexion sur le déroulement du repas à l’école et les quantités envoyées dans les plats de dîner a émergé.  

Les premières semaines, mon premier réflexe était de lui demander les raisons pour lesquelles elle n’avait pas mangé.  delicious-food-lunch-90893

Tu n’as pas aimé ton dîner? Pourtant, c’est ce que nous avons mangé hier et tu trouvais que c’était bon.  
Tu n’avais pas faim du tout? Pourquoi? Que s’est-il passé? 

Du haut de ses 5 ans à l’époque, les réponses n’étaient pas très élaborées 

Je n’aimais pas cela.  
Non, je n’avais pas faim.  
Je n’ai pas eu le temps de manger tout ce que je voulais.  

Je remarquais aussi que ses collations nutritives étaient toujours consommées. Elle mangeait très peu ou pas du tout de son dîner et se nourrissait presque uniquement de ses collations. Au retour à la maison, elle avait très faim.  Cela ne ressemblait en rien à ses habitudes 

Que ce passait-il?  

kindergarten-2456159_1280À 5 ans, passer du repas servi dans l’ambiance habituellement vécue aux repas  à  celle du service de garde en milieu scolaire est une marche importante  et implique une certaine adaptation.  

Après discussion avec l’éducatrice du service de garde scolaire, j’ai vite réalisé que ma fille avait de la difficulté à s’adapter à l’environnement bruyant engendré par le nombre élevé d’enfants au repas. Cela la rendait nerveuse et lui coupait l’appétit. Elle n’était pas à l’aise du tout.  

De plus, c’est une enfant qui mangeait lentement (c’est encore ainsi aujourd’hui!). L’éducatrice m’a mentionné qu’elle semblait pressée de terminer lorsque la majorité des enfants avaient quitté la table pour faire un jeu calme. Elle arrêtait donc de manger, et ce même si elle n’avait pas terminé son repas.  

La vraie raison du plat de lunch à peine mangé au retour de l’école n’était donc pas : « Je n’avais pas faim » ou « Je n’aimais pas cela », mais plutôt : « Je dois m’adapter à mon nouvel environnement de dîner et je ne trouve pas cela évident. »  

Rencontrer l’éducatrice m’a permis de prendre conscience des raisons, d’évaluer avec elle les options et d’en discuter ensuite avec ma fille. Sans quoi, j’aurais navigué les yeux fermés.  

L’environnement bruyant s’est calmé (si calme est le bon mot ) au fil des semaines et ma fille a compris qu’un repas dans une ambiance calme était dorénavant réservé à la maison. Elle s’y est doucement adapté.   

J’ai aussi discuté avec elle de l’importance d’honorer sa faim même si elle est la seule qui reste assise à table. J’ai expliqué que tous les enfants ne mangent pas à la même vitesse en faisant un parallèle avec le reste de la famille : « Tu as surement remarqué à la maison que tu termines souvent la dernière. Maman et papa mangent plus rapidement que toi et c’est possible que les amis du service de garde aussi, c’est normal. »  

Elle a donc compris qu’elle pouvait rester à table pour continuer de manger, et ce même si les amis ont terminé leur repas C’est important de combler sa faim pour avoir de petite fille mangel’énergie en après-midi et ne pas arriver trop affamé à la maison. C’est si désagréable avoir une immense faim.  

Un délai d’environ 25 minutes assis pour manger est recommandé pour les repas à l’école et ce, dans le but de respecter le rythme d’alimentation de chaque enfant. Si votre enfant n’a pas le temps de manger et se sent pressé, il est possible que le temps alloué au repas soit trop court. En discuter avec la/les éducatrices et éventuellement la direction d’école au besoin peut permettre d’apporter des changements et rendre le moment du repas plus agréable pour les enfants.  

Ensuite, les plats de lunch revenaient vides 

Détrompez-vous, ce n’est pas parce que l’ambiance au repas était moins bruyante et que ma fille se laissait le droit de rester à table pour satisfaire entièrement sa faim que son plat de dîner revenait vide. Il revenait même souvent encore assez plein.  

Je suis bien outillée pour savoir que la faim varie d’un repas à l’autre et qu’il est normal que les quantités d’aliments consommés fluctuent 

Cependant, les quantités qui revenaient m’étonnaient. Je me suis alors posé la question : « Est-ce que j’envoie de trop grande quantité dans son plat à lunch ? » 

beans-close-up-cuisine-1640771Je fus grandement étonnée de constater que oui. Je vous suggère de prendre le temps de faire un test en remplissant un plat à lunch ou un thermos que vous utilisez régulièrement. Évaluez ensuite la quantité en déposant le contenu dans une assiette régulièrement utilisée pour servir la nourriture de votre enfant à la maison. Vous serez surpris, je vous l’assure. Ces « petits » contenants peuvent contenir de très grandes quantités.  

Faire ce test m’a permis de réaliser que j’envoyais de trop grandes portions à ma fille à l’école. Le contenu de ses plats à lunch pouvait facilement remplir une très grande assiette. Jamais, elle ne consommait une telle quantité d’aliments à la maison. Il était donc normal que beaucoup d’aliments reviennent dans son plat. 

Dans le but de m’assurer qu’elle ne reste pas sur sa faim, c’est-à-dire qu’elle manque de nourriture, j’envoyais souvent un peu plus de nourriture qu’à l’habitude. C’était beaucoup trop. Je la martelais de questions en trouvant que c’était du gaspillage de jeter tous ces restes, mais j’étais la grande responsable en lui envoyant trop de nourriture dans son « petit » plat à lunch. La forme des contenants que l’on utilise trompe notre œil, ils contiennent souvent plus d’aliments que l’on croit et souvent bien davantage que le contenu d’une assiette que l’on servirait en général à notre enfant.  

Si c’est votre cas, réaliser que l’on envoie trop de nourriture et réduire les portions envoyées à l’école permet que des quantités moins importantes reviennent dans la boîte à lunch (et je ne dis pas que les plats reviendront vides, mais bien avec moins de nourriture non consommée), et par le fait même de devoir jeter moins de restes.   

Cela évite aussi de demander à notre enfant pourquoi il a peu mangé, alors qu’en réalité, il a mangé à sa faim du moment et sensiblement la même quantité d’un repas à la maison.  

En somme : 

  • N’hésitez pas à discuter avec l’éducatrice de votre enfant si vous avez des questionnements concernant les repas 
    • Cela est souvent rassurant. Les raisons sont parfois peu complexes et peuvent trouver solution en travaillant en équipe : éducatrice, vous et votre enfant.    
  • Faites le test d’évaluer la quantité d’aliments que vous envoyez dans le plat à lunch ou le thermos de votre enfant en versant le contenu dans une assiette. 
    • Cela permet souvent de réaliser que notre œil nous trompe. Les plats à lunch ou les thermos petits formats contiennent souvent beaucoup plus d’aliments que l’on croit.  
  • Éviter de trop questionner vos enfants concernant les quantités d’aliments qui reviennent dans leur plat de lunch. 
    • La faim des enfants fluctue d’une journée à l’autre et d’un moment de la journée à l’autre. Il est normal que les plats reviennent parfois vides ou presque pleins  

N.B.

N’oubliez pas que l’on ne peut s’attendre à ce que le plat de lunch de mon enfant revienne vide tous les jours. 

  • C’est même possible qu’il ne revienne jamais vide et c’est normal.