Style permissif

Êtes-vous permissif aux repas?

Par Weena Beaulieu, Dt.P.
Diététiste-nutritionniste

Dans mon entourage, et dans le vôtre surement, je vois des parents se démener pour plaire, à tout prix, à leurs marmots au moment des repas.

  • « Tu n’aimes pas ça mon loup? »
  • « Ce n’est pas grave, il y a surement un reste de spag. dans le frigo » ou « Je peux te faire un sandwich » ou « Je savais bien, j’ai préparé ça pour toi, tu aimes tellement ça ».

Ouf! Je ne sais pas comment vous y arrivez. Comment vous arrivez à gérer les demandes de tous et chacun,  sans avoir envie de vous rouler en boule et de dire en sanglotant (je caricature un peu) « Oui, mais j’ai préparé tout ça avec amour pour vous » ou  » Quand est-ce que j’aurai 2 minutes pour moi? »  Moi, je l’avoue, je n’y arriverais pas. Je n’y arriverais pas parce que je m’arracherais les cheveux pour trouver le temps de préparer 2-3 repas ou de réchauffer un mets différent pour chacun, mais je n’y arriverais surtout pas parce que je connais l’impact, à long terme, sur les comportements alimentaires des enfants lorsque l’on répond à chacune de leurs demandes. Loin de moi l’idée de vous juger. Vous craignez simplement que votre enfant ne réponde pas à ses besoins s’il ne mange pas et vous n’avez pas envie de vous heurter à du « boudage » ou des pleurs. Je vous comprend très bien, mais…

On est permissif si…

  • On prépare à peu près toujours des mets que l’on sait que notre enfant aime et va manger.
  • On a l’habitude de préparer un autre mets pour notre enfant ou de garder une portion à réchauffer d’un met qu’il aime. Il peut manger 4 fois/semaine le même mets, ce n’est pas grave, il l’aime.
  • On offre des aliments à notre enfant s’il nous dit qu’il a faim peu de temps après le repas. Il prend parfois 2-3 collations entre les repas.

Impacts sur mon tout-petit

  • Papa, maman, je ne veux pas devenir un jeune adulte « difficile »

Le contact avec les aliments est l’étape première pour favoriser le développement du goût envers différents aliments, saveurs et textures. Le jeune enfant découvre les aliments avec tous ses sens. Le premier utilisé étant la vue, comment peut-il apprendre à se familiariser avec un aliment s’il ne peut pas, au moins, le voir dans son assiette? En présentant une moins grande variété d’aliments, c’est à dire présenter le plus souvent des aliments que l’enfant aime, celui-ci a peu d’occasion d’être en contact et d’apprendre à aimer beaucoup d’aliments. 

J’ai l’exemple en tête d’un parent qui dit souvent et à qui veut l’entendre: « Quand il était petit, il ne mangeait que des hot dog et des biscuits. »

Je suppose que l’on demandait à cet enfant: « Que veux-tu manger? » et qu’il répondait « Des hot dog et des biscuits au chocolat pour dessert » ou bien lorsqu’il n’avait pas envie du repas servi il demandait « J’aimerais mieux des hot dog » et qu’on lui en servait.  Croyez-vous que cet enfant a appris à aimer beaucoup d’aliments? Non! Il a été un jeune adulte et est encore une personne que l’on qualifie de « difficile ». Qu’auraient pu faire ses parents pour prévenir cela?

L’approche à préconiser

Le menu est déterminé par le parent et non l’enfant

Le rôle de l’enfant n’est pas de déterminer les aliments qui seront servis aux repas ou aux collations, c’est le rôle du parent. On détermine « LE » repas, un seul repas. (Visitez la section  « Maman, je n’ai plus faim » de notre site web pour des informations sur le partage des responsabilités entre les adultes et l’enfant)

Tous les aliments sont présentés à l’enfant

Tous les aliments sont présentés à l’enfant, qu’il aime ou pas,  et il fera le choix de gouter ou non.  L’enfant sera en contact avec les aliments pour apprendre à se familiariser avec eux.

À titre d’exemple, quand j’étais plus jeune, je ne mangeais pas de poivrons et de petits pois verts. Ma mère ne s’est jamais empêché d’en mettre un peu partout. La seule chose qu’elle me demandait était de ne pas dire « beurk » ou « dégeulasse » et de les retirer, sans commentaire, si je n’en voulais pas. Aujourd’hui, je mange avec plaisir ces deux aliments, parce qu’un jour, alors qu’il était dans mon assiette, je me suis dit: « pourquoi pas »! et j’ai goûté. Comment aurais-je eu la chance de les goûter si on ne m’avait jamais présenté ces aliments? Merci maman.

On présente donc les aliments dans l’assiette de l’enfant, même si on sait que ce ne sont pas ses préférés.

  • Je sais que tu aimes moins les boulettes à l’ananas. Je vais t’en mettre seulement quelques unes.
  • Je mets quelques haricots dans ton assiette, même si tu me dis que tu n’aimes pas ça. Peut-être est-ce que tu te décideras à en goûter un.
  • Maman mets la salade de lentilles dans chacune de nos assiettes, tu décideras si tu en manges ou non.

Présenter plusieurs aliments moins aimés en même temps?

Le truc est de ne pas présenter plusieurs aliments qui sont moins appréciés au même repas. On met les chances de notre côté. On présente un aliment moins apprécié avec des aliments que l’enfant aime et on le laisse manger sans commentaire négatif et sans pression. Il goutera s’il le souhaite et il aura tout de même des aliments pour satisfaire sa faim dans son assiette s’il ne mange pas l’aliment moins apprécié.

L’enfant a le choix de goûter ou non

Obliger un enfant à gouter ne lui rend pas service. Au contraire, cela peut renforcer l’aversion de l’enfant envers cet aliment, car ce sera perçu comme une expérience négative. Il peut être nécessaire de présenter un aliment jusqu’à 20 fois à un enfant avant qu’il accepte de le mettre dans sa bouche et c’est normal.  On continue donc de présenter les aliments à l’enfant, en l’encourageant positivement à gouter, mais en respectant son choix de le faire ou non. Je vous invite à visionner la capsule d’Extenso, « Goûter… on n’insiste pas! » qui résume très bien les propos de ce paragraphe.

  • Tu ne veux pas goûter ta purée. Ce n’est pas grave, il y a d’autres aliments que tu peux manger dans ton assiette.
  • Miamm! Un potage de légumes, j’adore ça et ça sent tellement bon!
  • Cette viande est tellement tendre, ça fond dans la bouche. Tu l’as gouté?
  • As-tu vu ma soupe rouge! Crois-tu que j’ai mis des fraises dedans? On va goûter pour voir.

Je suis une maman nutritionniste, mais mes enfants ne font cependant pas exception à la règle. Ma plus grande a pris plus d’un an à apprécier la banane et le melon. Elle apprivoise encore la texture des champignons, aime peu celle du tapioca et j’en passe. Je lui présente ces aliments quand il y en a au menu et elle en mange (peu), quand elle en a envie. Par contre, elle connait ces aliments, elle les apprivoise. Ses goûts évolueront surement et elle les appréciera possiblement un jour. Ce qui est important, c’est qu’elle en mange un jour, ce n’est pas nécessaire que ce soit maintenant.

Laisser l’accès au réfrigérateur et au garde-manger en tout temps?

L’enfant qui a toujours accès à plusieurs collations entre les repas risque de ne pas manger au repas et comme il ne mange pas au repas, il a faim entre les repas. C’est un cercle vicieux. Les repas sont des occasions parfaites pour manger une aller chercher une panoplie d’éléments nutritifs dans divers aliments, ce qui n’est pas le cas des collations qui ne contiennent souvent que quelques aliments. Elles ne parviennent pas, à elles seules, à combler les besoins nutritionnels des enfants. Il est donc important d’instaurer une routine repas/collations.

Parents permissifs, libérez-vous de toutes ces obligations!

Soyez libres des demandes de vos enfants (aux repas!).

  • Annoncez vos intentions si cela amène de grandes modifications à votre façon de faire.

      « À partir de maintenant, maman servira un seul repas, le même pour tout le monde. Ce sera plus facile pour moi, car il arrive souvent que je n’aie pas le temps de m’assoir avec vous tous. En plus, ça va vous aider à avoir envie de manger plein d’aliments et nous mangerons notre repas en même temps » …plutôt que de passer votre temps à préparer un sandwich ou réchauffer un plat au micro-ondes pendant que les autres mangent et que votre assiette refroidie.

  • Présentez tous les aliments dans l’assiette même s’ils sont moins appréciés.
  • Laissez la liberté de goûter sans obligation, ni pression.
  • Annoncez que dès maintenant, les moments de manger sont aux repas et aux collations. 

Qu’en pensez-vous?