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Papilles gustatives et expériences

Par Weena Beaulieu, Dt.P.
Diététiste-Nutritionniste

Naître avec des préférences Bébé mange légume

Saviez-vous que les tout-petits viennent au monde avec des préférences alimentaires?  
En effet, l’amour de la saveur sucrée est inné et le dédain envers l’amertume l’est aussi. Vrai de vrai.  

Détester les aliments amers, de naissance, est un lègue de nos ancêtres. Dans la nature, les plantes toxiques sont généralement amères. En percevant l’amertume, nos ancêtres reconnaissaient rapidement les plantes pouvant causer préjudice à leur santé.  

Il est donc nécessaire d’apprivoiser cette saveur avant d’apprécier un aliment amer, un apprentissage qui n’est pas toujours évident pour nos tout-petits.  

Devinez quels sont les premiers aliments amers à apprivoiser?  
ET OUI! Les fameux légumes. Ceux que l’on souhaite tant que nos enfants dévorent avec plaisir en criant « encore! »
Pensons au brocoli, aux asperges, au chou-fleur, au chou de Bruxelles, aux épinards, aux endives, aux rapinis et j’en passe. Ils ont tous une touche d’amertume. Ce n’est pas facile pour leurs petites papilles de les apprivoiser et plus particulièrement de les aimer.  

Mes papilles et les tiennes 

Saviez-vous que les tout-petits ont davantage (davantage comme dans vraiment beaucoup!) de papilles gustatives que les adultes et que celles-ci sont plus sensibles?  fille qui tire ala langue
Cela aide à comprendre l’origine de la méga grimace de bébé lorsqu’il croque un morceau de citron. Rigolade pour nous, mais pour lui… expérience intense.  

En effet, les bébés ont un nombre plus élevé de papilles gustatives et elles sont très sensibles aux températures, aux saveurs et aux textures. C’est ce qui explique que l’on doive réchauffer les aliments froids et offrir des aliments tièdes aux tout-petits pour en favoriser l’acceptation. Dans le cas contraire, un aliment chaud serait perçu comme brûlant et à l’inverse, un aliment froid serait glacé pour leur petite bouche. 

Maintenant, imaginez-vous devant des asperges, alors que vous devez apprivoiser la saveur amère de celles-ci et que vos papilles explosent les saveurs. Toute une expérience en perspective. C’est ce que vit notre petite marmaille à chaque repas. Que ce soit avec les grains de poivre, le cari dans le mijoté ou parce que la bouchée est trop chaude. Tout est amplifié.  

Les autres et moi 

En plus des différences entre les enfants et les adultes, il faut savoir que tous les enfants ne goûtent pas les aliments de la même façon et c’est normal.  

Certains enfants ont une sensibilité plus accrue que leurs compères. Pour eux, manger est toute une expérience. Ils perçoivent davantage les saveurs, les températures et les textures.  

Qu’on se le dise. LE grain de poivre de l’omelette ou LE morceau de pêche du yogourt, ils vont le trouver.  

Ce n’est pas un problème en soi. Ma grande fait partie de ces enfants. À 9 ans, elle mange maintenant de tout ou presque, mais l’acceptation de certains aliments a été plus longue. Les mots d’ordre sont simplement respect du rythme et persévérance. J’ai présenté et présenté encore, sans obligation de goûter ou encore d’avaler si elle tentait l’expérience de goûter. Aujourd’hui, la majorité des aliments refusés au départ font partie de son alimentation.  

Attention! L’acceptation de certains aliments peut être encore plus difficile si on exige à l’enfant de goûter, car cela est perçu comme une très mauvaise expérience qu’il ne veut pas répéter.  

À l’inverse, il y a des enfants qui ont des papilles très peu sensibles. Je dis souvent, à la blague, qu’ils ont de vieilles papilles usées d’adulte. Ce sont ces tout-petits qui acceptent facilement tous les aliments qu’on leur offre. C’est chaud, froid, épicé, amer, etc. pas de problème. Ils aiment tout ou à peu près.  

Sachant cela, on ne peut s’attendre à ce que tous les enfants acceptent de manger les mêmes aliments et surtout, les apprivoisent au même rythme. J’ai trois enfants et chacun a été différent lors de l’introduction des aliments. Ma grande a eu plus de difficulté à accepter la nourriture, ma deuxième cocotte dévorait tout ce que je lui offrais et mon petit dernier s’est situé à mi-chemin. L’école de la vraie vie pour moi.   bébé qui mange avec plaisir

On se rappelle donc :  

  • Les bébés naissent avec davantage de papilles que les adultes 
  • Les papilles des bébés et des enfants sont plus sensibles que celles des adultes 
  • Les bébés et les enfants n’ont pas tous la même sensibilité papillaire. Certains enfants perçoivent les saveurs, les températures, les textures de façon très prononcée, alors que d’autres les perçoivent très peu.  

  

Je grandis, je vivrai sans doute de la néophobie. De la néo… quoi? 

En plus de sa grande sensibilité papillaire, votre enfant vivra possiblement une période importante de son développement vers l’âge de 18 mois à 3 ans. Difficile à comprendre et à vivre pour la majorité des parents, cette étape fait partie du développement normal des enfants et touche près de 75% de ceux-ci.  

Je parle ici de la période ou votre enfant dira non à la vue d’un nouvel aliment et/ou qu’il le repoussera et/ou refusera d’y goûter. Cette étape que l’on nomme néophobie alimentaire coïncide le plus souvent avec la phase du non. L’enfant commence à résister à la nouveauté. Il a la capacité de porter un jugement critique sur les aliments qu’on lui offre et s’interroge. Elle se traduit par une peur de la nouveauté alimentaire. 

Dans la tête d’un enfant, ça ressemble à : « Oh! Je ne reconnais pas cet aliment. C’est quoi? Est-ce que c’est bon? Je ne sais pas. Peut-être que je devrais seulement le lécher pour voir… Peut-être que je tenterai d’y goûter la prochaine fois? » 

Un autre lègue de nos ancêtres. 
Afin d’éviter de manger des éléments de la nature qui auraient pu les rendre malade, nos ancêtres étaient très critiques envers ce qu’ils ne connaissaient pas. Ils observaient, touchaient, sentaient, analysaient avant de goûter, par peur de s’intoxiquer. C’est un mécanisme de protection dont il nous reste quelques brides encore aujourd’hui .  

Enfant refuse manger tomateCette étape est souvent difficile à comprendre pour bon nombre de parents. Notre tout-petit qui mangeait à peu près de tout se met à trier, laisser de côté, repousser l’assiette… C’est difficile, mais c’est normal et il n’est pas devenu difficile ou capricieux, il est néophobe.  

Il a peur de la nouveauté. Nouveauté ne signifie pas seulement un nouvel aliment, mais aussi une forme de présentation, une texture ou une odeur différente.    

À titre d’exemple, il pourrait dévorer ses carottes en rondelles, mais refuser des juliennes ou un potage de carottes. Mais c’est des carottes! Vrai, mais elles sont présentées sous une autre forme, donc perçue comme un nouvel aliment pour l’enfant. 

Je n’aime pas la première fois.
Il est très rare que l’enfant accepte de goûter un aliment la première fois qu’il lui est présenté en phase de néophobie alimentaire.  

Cela peut prendre de 5 à 20 expositions avant qu’un enfant accepte de goûter un aliment et je dis bien goûter.  Le manger et particulièrement l’aimer peut-être encore plus long.  
Les mots d’ordre sont encore : respect du rythme, calme et persévérance.    

Pensez à votre réaction aujourd’hui, si je vous offrais un grillon en collation. Je vois déjà le visage dégoûté de certains. Nous sommes tous néophobe à nos heures.  

Un nouvel aliment, une nouvelle forme de présentation d’aliment ou une texture différente est perçu, pour votre enfant, de la même façon que l’offre d’un grillon en collation.  

Trucs de survie pour des repas plus agréables.  

Présenter les aliments  

  • L’idée est de mettre l’enfant en contact avec l’aliment. Sans l’offrir trop souvent, il est suggéré de ne pas trop espacer les moments où vous offrez les aliments refusés. Votre enfant pourrait l’oublier et l’aliment sera perçu comme une nouveauté chaque fois. Réessayer dans un délai de 1 à 2 semaines pour être idéal.  

     

  • L’enfant n’en veut pas, on lui en met tout de même un peu dans son assiette. 
    • Je sais que c’est simple à dire. J’ai vécu avec mon petit Émile, 3 ans, des situations que mes deux filles ne m’avaient jamais fait vivre. Vivre des crises et des refus de manger parce qu’un fleuron de brocoli est dans l’assiette, je sais ce que c’est.  

Mon truc : Je dépose toujours les légumes au centre de la table. En cas de refus total, l’enfant est tout de même en contact, ils sont devant lui. Il voit les légumes et ils sont disponibles s’il se décide à en prendre. Je dois dire que ses petits doigts se tentent souvent vers cette assiette même s’il les a refusés.     

Ne pas obliger à goûter

  • Comment l’enfant peut apprendre à aimer un aliment s’il est forcé de le mettre dans sa bouche et de l’avaler? Il finira plutôt par le détester. Le but est de familiariser l’enfant avec les aliments en le mettant en contact, c’est-à-dire dans son assiette. 

     

  •  Vous pouvez cependant inviter quelques fois votre enfant à goûter, sans insister pour qu’il prenne des bouchées. Il le fera lorsqu’il sera prêt. Pensez aux aliments que vous n’aimiez pas enfant et que vous dégustez avec plaisir maintenant. Il les aimera un jour.  

Mon truc à moi pour inciter à goûter
J’invite souvent mon petit Émile à écouter le crunch des légumes. « Moi, j’aime les poivrons verts crus parce que ça fait crunch. Écoute bien. L’as-tu entendu? »
Je mentirais de dire que ça fonctionne à tout coup, mais ça donne un bon coup de pouce.

Jouer votre rôle de modèle alimentaire 

  • Les enfants adorent nous imiter, nous sommes leurs modèles. S’il nous observe manger les aliments avec plaisir, ils auront le goût de faire de même. C’est la plus efficace des stratégies.  

Cuisiner et aller à l’épicerie avec vos tout-petits.  

  • Les enfants sont beaucoup plus enclins à goûter les aliments qu’ils auront déposés eux-mêmes dans le panier d’épicerie ou qu’ils auront cuisiné avec vous. Ne serait-ce que sortir l’aliment du réfrigérateur et/ou encore de le couper si l’enfant est assez grand (mon petit bonhomme de 3 ans coupe très bien les légumes avec son couteau en bois de l’Atelier Saint cerf . Il est si fier).  

Encourager les beaux efforts de votre enfant. 

  • Bravo tu as essayé c’est super!  
  • Pas grave, on se reprendra la prochaine fois.  

Petits ou grands apprécient le renforcement positif et cela est très efficace pour que les comportements souhaités se reproduisent.  

 

Gardez en tête que l’important est que votre enfant en mange un jour! L’idée est d’avoir une vision à long terme et de se dire qu’aimer les aliments est un apprentissage comme apprendre à marcher, à lire, à parler… cela ne se fait pas en un jour. Il est important de soutenir et encourager l’enfant dans cet apprentissage, sans le brusquer.  

Je vous invite à lire Papa, je n’aime pas ça , pour davantage de détails sur le développement du goût et la néophobie alimentaire. 

Ne lâchez pas, ce n’est qu’un stade de développement qui passera.