Quand « Je n’aime pas ça! » s’invite à la table!

Par  Mélanie Morin, Dt.P. Néophobie_alimentaire-300x200
Diététiste-Nutritionniste                                                                                                                                       
Nathan, âgé de 3 ans – Petit néophobe

 

  • Qu’est-ce qu’on mange ce soir, maman?
  • Une nouveauté mon ange; une succulente quiche aux asperges et poisson blanc.
  • Non! Je n’aime pas ça!
  • Moi, je préfère les pâtes!
  • Je n’en veux pas!

Et voilà, un début de mal de tête à l’horizon pour tenter de convaincre son petit  mousse de goûter ce nouveau plat!

  • Nathan, mon cœur, je suis certaine que tu vas adorer ce plat délicieux!
  • Non! Non! Non! Je n’en veux pas! Je n’aime pas ça!
  • Ohhhh!! (Soupir de papa et maman avec un regard découragé et une envie de lâcher prise en donnant le mets préféré de Nathan… soit des pâtes blanches au fromage.)

Cette situation vous semble-t-elle familière? Vous arrive-t-il de devoir argumenter avec votre petit mangeur pour qu’il goûte à un nouveau plat ou encore à un nouvel aliment?

Eh bien! Ne vous découragez pas! Patience, répétition et plaisir sont de mise avec les enfants lors d’introduction au menu d’une nouveauté.

Voici comment aider les enfants à développer leur goût malgré cette étape normale, mais quelquefois vécue difficilement, de la petite enfance.

La néophobie c’est quoi?

La néophobie alimentaire est un sentiment de crainte face à de nouveaux aliments, de nouvelles textures, de nouvelles façons de présenter. La réaction spontanée de quelques  enfants est de présenter immédiatement une grande réticence à goûter les mets inconnus qui leurs sont présentés. La néophobie est associée à la peur de connaître une mauvaise expérience lors de la consommation d’un nouvel aliment. Il est estimé qu’environ le  ¾ des enfants âgés de 2 à 10 ans traversera une période de néophobie alimentaire. 

Difficile? Non, néophobe!

Notez bien que vos enfants ne sont pas « difficiles » ou « capricieux », mais qu’ils traversent plutôt une étape normale du développement du goût, soit la néophobie alimentaire.

Revenons à notre petit Nathan. Nathan n’a aucune idée de ce que représente une quiche. Il n’en a jamais mangé. Il n’est pas familier à la présentation du mets devant lui et au nouveau «mélange» d’aliments. En plus, il a goûté à l’asperge seulement quelques fois jusqu’à maintenant, alors il associe encore très peu le terme asperge au légume, long et vert, qui se trouve dans son plat. Pour lui, une petite tige verte n’a pas sa place avec des œufs et du poisson dans une «tarte»!?!?

Accompagner mon petit néophobe!

N’ayez crainte la néophobie alimentaire s’atténue au fil du temps. Pour certains enfants, cette étape peut durer quelques mois et pour d’autres, quelques années. Ceci est normal et il existe différents degrés de résistance face aux nouveaux aliments. N’oubliez surtout pas que chaque enfant est unique!

1. Persévérance/expositions

Dans la nature humaine, moins un aliment est familier, plus il suscite de la méfiance.

Ainsi, nous ne devons pas penser que le petit Nathan aimera du jour au lendemain une tige d’asperge, un morceau de poisson ou encore un mélange d’ingrédients et de textures différentes s’il n’y a pas été régulièrement exposé! Nathan aura peut-être besoin de plus de 15 à 20 expositions à cette même petite tige d’asperge solitaire dans l’assiette avant de décider de la prendre dans ses mains et de l’apporter à sa petite bouche «d’apprenti découvreur» des aliments. Si Nathan se sent prêt à goûter et qu’il a décidé lui-même, la néophobie vis-à-vis cet aliment intrus aura tendance à s’estomper plus rapidement.

Présenter des aliments nouveaux ou moins appréciés toujours sous la même forme, puisque cela permet aux enfants de se familiariser avec ces mets et d’avoir des points de repère stables. En effet, si un aliment ou la présentation d’un mets ne sont pas constants à chaque exposition, celui-ci sera perçu par l’enfant comme un nouveau produit.

2. Partager de bons moments avec mon enfant!

Vous ne serez probablement pas surpris d’apprendre que les enfants adorent imiter les grands. Utiliser l’enthousiaste et le plaisir de goûter les aliments, de les déguster et de les manger en famille dans un climat serein et convivial.  Vous verrez qu’une atmosphère plaisante au repas apporte souvent des résultats favorables lors d’expériences culinaires nouvelles. Les enfants acceptent en général plus facilement de goûter de nouveaux aliments en présence d’adultes ou d’amis qui les apprécient et le démontrent verbalement. Ce mimétisme contribue à piquer leur curiosité et à les rassurer, puisque leurs proches assis à la table mangent les mêmes aliments qu’eux.

3. Féliciter les efforts de mon petit apprenti!

Tout-petits comme adultes, nous aimons que nos efforts soient reconnus. La reconnaissance et la gratification de notre exploit par autrui, nous apporte de la motivation à vouloir renouveler l’expérience

4. Introduisez vos petits bouts de choux dans la confection de vos repas et de vos collations

Amusez-vous à inventer des activités sur le thème de l’alimentation avec vos enfants et impliquez-les!                                                                                                                                            

  • Allez à l’épicerie avec eux et donnez-leur comme mission de sélectionner un fruit et un légume.

  • Cuisiner en famille des recettes simples et rapides. Donnez-leur de petites tâches telles que laver les fruits et les légumes, déchiqueter la laitue, faire les papillotes, mélanger les ingrédients à la cuillère, verser les ingrédients mesurés dans le moule à quiche, etc.

  • Faite-leur mettre la table (napperons, débarbouillettes, ustensiles adaptés, assiettes et verres en plastiques, etc.),

  • Créez de petites dégustations suivant différentes thématiques (ex.: les fruits citrins, les fruits exotiques, les légumes orangés, etc.).

  • Faites un potager avec eux (utiliser du matériel adapter aux enfants), etc.

En étant en contact avec les aliments de diverses façons, les enfants se familiarisent avec eux et les acceptent plus facilement, surtout ceux qu’ils manipulent. La participation des enfants aux repas peut contribuer à atténuer la néophobie alimentaire. De plus, vous remarquerez que vos petits chefs prendront leur mission bien à cœur et qu’ils feront tout pour vous épater avec leur créativité inépuisable.

Pourquoi, notre petit Nathan ne participerait pas à la prochaine recette de quiche aux asperges et poisson blanc?                                                                                                                       

Alors, donnez à votre petit apprenti le temps d’apprendre et de découvrir de nouveaux aliments!