enfant attend son déjeuner

Maman, Papa, je n’ai plus faim!

Par 
Weena Beaulieu, Dt.P. 
Diététiste-Nutritionniste  

maman aime Nous adorons nos enfants et nous voulons le meilleur pour eux. Nous souhaitons qu’ils grandissent bien, qu’ils aient de l’énergie, qu’ils soient en pleine forme.

Nos craintes parentales nous font souvent oublier qu’il est important de leur faire confiance lorsqu’ils nous disent, l’assiette encore à moitié remplie, « Maman, Papa, je n’ai plus faim ». 

 

Nous avons l’impression qu’ils n’ont pas assez mangé. Notre oeil d’adulte ne nous dit pas toujours la vérité. 

JE SAIS QUAND JE N’AI PLUS FAIM. QUELLE CHANCE!

Les enfants ont le don inné de savoir reconnaître quand ils ont faim et lorsque c’est le temps d’arrêter de manger. Ce sont de petits mangeurs intuitifs. Les chanceux!

Ils sont très connectés avec les signaux que leur corps envoie et ce qui se passe dans leur bedon. Ils détestent la sensation d’avoir l’estomac trop plein et savent exactement quand c’est le temps d’arrêter de manger.

Leur appétit varie d’une journée à l’autre et même d’un moment de la journée à l’autre selon plusieurs facteurs tels que leur niveau d’activité et leur état de santé.

Votre cocotte qui a une faim de souris aujourd’hui peut avoir une faim de loup demain et vice-versa. On ne devrait pas s’attendre à ce que tous les jours et à tous les repas, notre enfant termine l’assiette qu’on lui sert. C’est normal. 

Voyons cette connexion avec son corps comme une immense chance pour notre enfant. Il sait quand arrêter de manger, il sait quand son corps a reçu assez de nourriture.

Cette précieuse écoute, comme adulte, nous l’avons souvent perdue en entendant nos parents bien intentionnés nous dire : « Fini ton assiette, il ne faut pas gaspiller », « Mange ta viande si tu veux ton dessert », etc. Nous avons appris, avec le temps, à ne plus écouter notre corps, à dépasser notre faim et à ne plus savoir quand il est temps d’arrêter de manger. Nous devrions apprendre de nos enfants et revenir à ces signaux innés, croyez-vous?

En obligeant notre enfant à terminer l’assiette ou à manger tel ou tel aliment pour atteindre, par exemple, le fameux dessert, nous l’encourageons, sans le vouloir et avec de bonnes intentions à ne plus respecter les signaux de son corps.  

NON PAS DE DESSERT, TU N’AS PAS TOUT MANGÉ!crème et fraises

On nous l’a souvent répété :
« Si tu ne manges pas si, pas ça, pas de dessert ».

Il est souvent mentionné que les enfants ont la capacité de se garder une « place à dessert ».  C’est vrai. Ils savent que le dessert arrive en fin de repas et puisqu’il déteste sentir leur bedon trop rempli de nourriture, ils arrêtent de manger le plat principal et garde une place pour le dessert qui s’en vient. On devrait donc servir UNE portion de dessert à notre enfant peu importe la quantité consommée du plat principal.

Interdire un dessert à un enfant parce qu’il n’a pas tout mangé ou qu’il n’a pas mangé ses légumes pourrait aussi le laisser sur sa faim. En effet, ses petites papilles finissent par devenir saturées de la saveur salée du mets principal, il demande donc son dessert pour finir de satisfaire sa faim avec une saveur différente, soit la saveur sucrée du fameux dessert.

Il va se laisser mourir de faim et voudra uniquement manger du dessert!

Je suis consciente que cela peut être insécurisant de laisser de la liberté à votre enfant au repas. Il est tout à fait légitime de croire que celui-ci ne voudra plus jamais manger ses légumes et voudra uniquement du dessert. Rassurez-vous, les enfants ne se laissent pas mourir de faim. Tel que mentionné plus tôt, ils sont très connectés avec les signaux de leur corps et il n’apprécie pas davantage ressentir la faim intense que la sensation de leur estomac trop rempli. 

Rappelons-nous que nous avons parlé d’UNE portion de dessert, pas de dessert à volonté.  Il est donc possible que votre jeune tente le coup quelques repas, c’est à dire qu’il décide de laisser de côté le plat principal et qu’il se dise intérieurement « Yé! Plus jamais de choux de Bruxelles, je veux juste du dessert pour souper ». Cependant, cela ne s’étirera pas dans le temps. S’il mange uniquement son dessert, il comprendra rapidement qu’il aura faim peu de temps après le repas et que la prochaine occasion de manger sera la collation.

Il est cependant nécessaire que la consigne soit claire: « Parfait, tu choisis de manger uniquement ton dessert, mais la prochaine occasion de manger est la collation, pas avant. » Il expérimentera la faim et comprendra assez vite qu’un dessert n’est pas suffisant pour combler ses besoins. 

Un petit truc pro-autonomie en bonus : si vous commencez à faire ce changement, c’est à dire que vous décidez d’offrir du dessert, que l’assiette soit terminée ou non (ce que je souhaite!), n’en parlez pas aux enfants. Servez UNE portion de dessert à ceux qui le souhaitent et laissez les assiettes non loin sur la table ou le comptoir. Si votre enfant mentionne qu’il a encore faim après le dessert, vous pourrez lui dire qu’il peut manger à nouveau son plat principal.  L’enfant fera alors son choix. 

Offrir un fruit ou un yogourt si l’enfant n’a pas pratiquement pas mangé et permettre un biscuit ou autre s’il a « bien » mangé? 

Je dois le dire, je ne suis pas en accord avec cette façon de faire et je vais m’expliquer.
J’entends souvent dire: « S’il a bien mangé, je permets un dessert sucré et s’il a moins bien mangé, le dessert est un fruit ou un yogourt. »

Regarder les autres personnes présentes à table déguster un biscuit au chocolat maison et devoir manger une pomme/compote/yogourt en dessert, parce que le rôti de bœuf est resté dans l’assiette, sera perçu pour l’enfant comme une punition. Je sais que vous souhaitez seulement offrir un aliment plus nourrissant parce qu’il n’a pas mangé un aliment nutritif de son assiette. C’est légitime et bien intentionné. Cependant, son petit esprit percevra le dessert de remplacement (les fruits ou le yogourt) comme une punition. Une punition pour ne pas avoir posé le geste de manger le rôti de bœuf qu’il avait peut-être de la difficulté à mastiquer ou qu’il apprécie moins.

Résultat:  Il pourrait finir par détester manger les « aliments punitions » et n’appréciera pas davantage ceux qu’il n’a pas mangé dans son assiette. De plus, les desserts qu’on lui a refusés (ex. biscuits), parce qu’il n’a pas franchi l’obstacle du rôti de bœuf ou de la montagne de brocoli, seront perçus comme des récompenses et deviendront très « attirants » pour l’enfant. Lorsqu’il sera en contact avec ses aliments, il pourrait en manger plus qu’il ne devrait, car il ne sait pas quand il aura droit à ceux-ci. Votre enfant pourrait aussi choisir de dépasser sa faim en finissant l’assiette ou de manger un aliment qu’il n’a plus du tout envie afin de pouvoir manger un bon biscuit au chocolat maison comme le reste de la famille. Ce n’est pas ce que vous souhaitez j’en suis certaine.

MON CONSEIL. Le même dessert pour tous, une seule portion et on revient au plat principal si on a encore faim après le dessert. 

NOS TRUCS!

  • Servir de petites portions; l’enfant en demandera à nouveau au besoin.
    • Votre enfant peut vous guider dans la portion à lui servir. S’il est plus grand, il peut aussi se servir en fonction de sa faim.
  • Mettre tous les aliments du repas sur la table. Comme dans le bon vieux temps, je mets les casseroles au centre de la table. Cela met les enfants en contact avec les aliments et leur vue les incite souvent à les consommer. (En plus, ça nous évite de se lever 10 fois pendant le repas, J’ADORE!)
    • Mon petit homme de 3 ans commence se servir des portions, seul sous, notre supervision.
  • Offrir le dessert, une seule portion, que l’enfant ait mangé son plat principal ou non, sans en faire de cas. Cela banalise le dessert et ne le rend pas si attrayant.
  • Le dessert peut aussi être servi en même temps que tous les autres aliments. Cela le banalise davantage.
    • Si votre enfant vous dit qu’il a faim après son dessert, offrez de lui servir à nouveau du mets principal.
    • Laisser son assiette sur la table lorsqu’il demande le dessert. N’en jetez pas le contenu tout de suite.
      • J’ai souvent vu mes enfants, même tout-petits, prendre une bouchée de l’assiette et une bouchée de dessert en alternance.
  • Laisser à votre enfant la liberté et la responsabilité de déterminer la quantité d’aliments qu’il consomme en mettant en place le partage des responsabilités aux repas.

 

Partage des responsabilités aux repas

 

Laisser à votre enfant la responsabilité de déterminer la quantité d’aliments qu’il consomme est un beau cadeau à lui offrir.

Sur ce, bon repas avec vos petits mangeurs intuitifs et n’hésitez pas à nous partager vos expériences en commentaires.