je mange avec mon coeur

Maman, papa, je mange avec mon cœur

Par 
Weena Beaulieu, Dt.P. 

Diététiste-Nutritionniste     

QUI NE SE RECONNAIT PAS DANS UNE DE CES PHRASES?

N’en mange pas trop, c’est des cochonneries;

Non, pas de gâteau pour moi, ce n’est pas bon pour mon « bourrelet »;

Encore 3 bouchées d’asperges si tu veux un dessert;

Mange tes carottes, c’est bon pour les yeux.

Lorsque nos tout-petits viennent au monde, il mange d’instinct, pour subvenir à leurs besoins et parce que le lait, c’est bon. Jeunes enfants, ils mangent parce qu’ils ont faim et par pur plaisir, sans se poser de questions. « J’ai faim, je mange, c’est bon, c’est agréable! ». Simplement.

En grandissant, ils deviennent de plus en plus influencés par ces phrases que l’on utilise pour les amener à manger plus ou moins de tel ou tel aliment. 
Bien involontairement, nous influençons parfois négativement leur relation avec les aliments, ce qui n’est pas sans conséquence à long terme.  

Manger avec son cœur et non avec sa tête pour une saine alimentation.

Avoir une saine alimentation ce n’est pas uniquement manger des aliments nourrissants, mais c’est aussi avoir une relation positive avec ceux-ci. Une relation Oui! Oui! Et onkid-boy-ready-for-dinner_4460x4460 ne parle pas de piquer une « jasette » avec votre filet de saumon...Une relation positive avec la nourriture signifie, entre autres, de ne pas éprouver de culpabilité en consommant des aliments moins nourrissants tels que du chocolat ou des croustilles par exemple. Pour moi, cela inclut aussi de ne pas s’obliger à manger un aliment moins apprécié uniquement parce qu’il est « super » nutritif.  C’est inviter le plaisir à table, manger avec son cœur et laisser sa tête de côté l’instant du repas. On ne mange pas que des vitamines, on mange avant tout parce qu’on a faim et parce que c’est bon!

De drôles de liens dans la tête de nos tout-petits.

À la naissance, les enfants sont « vierges » de tout lien possible entre les aliments, la santé et et le poids. C’est au fil du temps, au travers de petites phrases entendues autour de la table ou ailleurs, que se créent ces liens dans la tête de notre progéniture et qu’ils commencent à manger avec leur tête. 

Si je crois que les bonbons, les croustilles et le chocolat sont des « cochonneries », je me sentirai probablement coupable chaque fois que je vais en manger et il est possible que je me cache pour en consommer;

Si je commence à croire que le gâteau ou autres aliments sucrés font prendre du poids et que si j’en consomme je serai triste ou mécontente comme maman lorsqu’elle regarde son « bourrelet » dans le miroir, ce ne sera pas agréable;

Si je mange ma montagne de carottes parce que j’ai peur de porter des lunettes plus tard, ce n’est pas agréable non plus. Je finirai surement par détester les carottes;

Si je dois avaler tous mes légumes pour avoir mon dessert, je détesterai les voir dans mon assiette et je percevrai le dessert comme un aliment-récompense, il deviendra de plus en plus important.

Cela peut sembler caricatural, mais c’est de cette façon que leur petit esprit interprète ces phrases et ces gestes.

ALORS, COMMENT FAIRE AUTREMENT?


Jouons notre rôle de modèle positif.

Nous sommes les premiers modèles que nos enfants imitent. S’ils nous voient manger des légumes par exemple, ils auront envie de faire comme nous. S’ils nous voient en manger avec plaisir, ils auront encore plus envie de le faire.

 

Évitons de parler des vitamines ou de santé.

Nul besoin, de parler du contenu en vitamines des aliments ou de l’impact sur la santé. De toute façon, la santé est un concept très abstrait pour les enfants.  N’oubliez pas que les enfants mangent la nourriture de leur assiette par plaisir, par faim et non pour le contenu nutritionnel.  Vous aurez plus d’impact en disant que c’est beau les couleurs, que ça sent bon et que c’est bon!

 

Servons le dessert sans un mot.

Que ce soit un yogourt, une salade de fruits ou un gâteau, le dessert complète le repas et sert, entre autres, à terminer d’apaiser la faim de nos tout-petits par une saveur sucrée. En servant le dessert comme un autre aliment et s’il revient à chaque repas sans que l’enfant ait à surmonter la montagne de brocoli de l’assiette pour l’obtenir, il perdra peu à peu son « super attrait ». De plus, votre enfant saura qu’il peut même refuser un dessert puisque demain et le jour suivant il sera disponible. Chez moi, il arrive qu’un des mes enfants n’en veulent pas ou que des morceaux de dessert reste dans l’assiette. Rien de plus normal.  

 

Évitons de faire des liens entre les aliments et le poids.

Aucun aliment n’est « mauvais pour la santé » ou responsable à lui seul de faire prendre du poids ou encore de rendre malade. Il est donc préférable d’éviter de mentionner que tel ou tel aliment est « engraissant » ou trop gras, trop sucré… Cela donne l’impression à l’enfant, même en très bas âge, de faire quelque chose de mal en le mangeant et ce n’est pas souhaitable. Il pourrait se sentir coupable ou carrément éviter d’en consommer. Éviter d’en consommer, c’est peut-être notre intention, à nous, parents, mais cette restriction pourrait conduire à une surconsommation lorsqu’il sera en contact avec ces aliments. 

 

À RETENIR!

  • Nos gestes et nos paroles ont des répercussions sur la relation que nos tout-petits développent avec les aliments, il ne faut pas le négliger; 
  • Évitons de qualifier les aliments moins nourrissants de « mauvais pour la santé », « cochonnerie », « malbouffe », etc. Ces aliments existent et il est possible d’en manger à l’occasion sans en faire tout un plat;
  • Servons le dessert comme un aliment faisant partie du repas, sans y accorder d’attention. Il deviendra beaucoup moins attrayant;
  • Évitons de faire des liens entre les aliments et le poids ou de parler de calories lorsque l’on parle d’aliments aux enfants. Aucun aliment n’est responsable à lui seul de faire prendre du poids ou de rendre malade. Cela peut créer de faux liens dans la tête de notre progéniture;
  • Amenons le plaisir à table, parlons des aliments que nous aimons, de leur couleur, leur texture. C’est l’influence la plus positive.

 

 

Mon souhait? Que nos ecandy-sprinkles-in-heart-shape_4460x4460nfants mangent tous les aliments avec plaisir et qu’il savoure chaque bouchée parce que c’est bon et parce qu’ils ont faim. Qu’ils deviennent de grands mangeurs qui dégustent tous les aliments, qu’ils soient nourrissants ou non et ce, sans se sentir coupable. Bref, qu’une petite tomate cerise ou un morceau de gâteau mousse au chocolat soit aussi agréable à croquer pour la tête et le cœur. Je sais que c’est possible!