L’enfant décide de la QUANTITÉ qu’il mange!

Par Weena Beaulieu, Dt.P.,
Diététiste-Nutritionnistephoto_norah_bébé_mange

Saviez-vous qu’avoir une alimentation saine ce n’est pas uniquement manger des aliments nutritifs? En effet, bien s’alimenter va bien au delà du contenu de notre assiette. Manger uniquement lorsqu’on a faim et être en mesure de s’arrêter lorsque l’on a plus faim, c’est à dire respecter sa faim et sa satiété, sont des éléments importants qui font partie d’une alimentation saine. Pour aider nos enfants à avoir une saine alimentation et une relation agréable avec les aliments, il importe de les amener à écouter leur bedon. Celui-ci leur dit quand il a faim et il leur dit surtout lorsque c’est le temps de laisser la fourchette de côté, c’est à dire d’arrêter de manger. Pour laisser nos enfants écouter leur bedon, nous devons leur donner la responsabilité aux repas et à la collation de choisir la quantité qui devrait se rendre dans leur petit bedon.   Chez moi, nous appliquons le principe du partage des responsabilités aux repas et aux collations. Un principe vieux de plus de 30 ans. Les filles, mon conjoint et moi, on se partage des responsabilités et celle que l’on laisse aux filles est de décider la quantité d’aliments que leur petit corps est prêt à recevoir.

Les repas, une responsabilité parent-enfant

Le parent est responsable du Quoi, Quand, Où

Quoi! Le parent choisit le menu offert; 1 seul menu est offert.
Où! Le parent détermine l’endroit où sont pris les repas/collations; à table, en famille,  dans une ambiance agréable et sans distraction; télé, ordi, cellulaire, etc.
Quand! Le parent assure un horaire assez régulier de repas/collations pour offrir des repères à l’enfant.

L’enfant est responsable du COMBIEN!

Combien! L’enfant décide de la QUANTITÉ qu’il mange
Ces besoins sont uniques et il est le seul à savoir la quantité d’aliments dont il a besoin pour satisfaire sa faim du moment!
2 enfantd qui mangent

Le COMBIEN est variable d’une journée à l’autre et c’est normal. Nous, les adultes, si nous écoutions notre ventre, certaines journées on se servirait une 2e assiette et certaines journées on en laisserait dans l’assiette. Les besoins de chacun sont uniques et variables d’une journée à l’autre et d’un repas à l’autre, les enfants y compris. On ne peut donc souhaiter que chacun termine son assiette. 

Peur qu’il meure de faim ou qu’il mange trop?

La motivation à manger est innée, un enfant ne se laissera jamais mourir de faim. C’est parfois cette peur que notre enfant manque d’énergie ou qu’il manque de vitamines ou je ne sais trop, qui nous incite à prendre les choses en main: « Je sais la quantité dont tu as besoin et c’est ce que tu mangeras. » À l’opposé, parfois, nous avons peur que notre petit ne pense qu’à manger (Il mange beaucoup trop!) et cela peut nous conduire à la restreindre.

Alors on use de chantage, on force, on argumente, on menace (pas de dessert si.. pas de télé si..), etc. pour faire avaler ne serait-ce qu’une bouchée de plus de quelque chose ou à l’inverse, on restreint l’enfant parce que l’on croit qu’il aime trop manger pour s’arrêter lui-même.

L’enfant sait quand il a faim et il sait quand c’est le temps d’arrêter

L’enfant écoute les signaux de son corps (sa faim et sa satiété) qui lui permettent d’ajuster ses apports. Il n’a plus faim, il arrête de manger. Il a encore faim, il continue ou en demande encore. Nous, adultes, avions cette écoute de notre corps avant que l’on soit soumis à des : « Encore 3 bouchées avant de sortir de table », « Finis ton assiette, il y a des petits enfants qui meurent de faim dans le monde », »Mange, sinon, pas de dessert ».

Inciter un enfant à manger par toute de sorte de stratagèmes s’il n’a plus faim ou encore le restreindre par peur qu’il mange trop, le force à ne plus être à l’écoute de son bedon. Cela signifie qu’il pourrait ne plus être en mesure de savoir quand il a réellement faim et quand c’est le temps d’arrêter de manger. Ce n’est pas ce que nous souhaitons.

L’enfant traverse peut-être, mais probablement une phase de néophobie alimentaire s’il refuse souvent des aliments…

Vers l’âge de 2-3 ans (parfois jusqu’à 10 ans), l’enfant à la capacité de porter un regard critique sur ce qu’on lui offre et cela peut se traduire par un sentiment de crainte, de peur à laimg02_style_autoritaire vue des aliments qui sont nouveaux, qui sont présentés ou préparés différemment ou qui ont une texture nouvelle ou inhabituelle. Ce phénomène s’appelle la néophobie alimentaire. Alors il est normal que l’enfant soit moins enclin à manger ou gouter ou qu’il refuse carrément certains aliments que vous lui présentez. Votre enfant ne mangera pas le nouvel aliment aujourd’hui, mais il le fera surement un jour si vous lui présentez sans le forcer à goûter. Vous pouvez lire notre section « Papa, je n’aime pas ça! » pour en savoir davantage sur la néophobie alimentaire.

L’enfant se garde une place à dessert

L’enfant sait qu’un dessert viendra compléter le repas. Il a la capacité de garder une place dans son petit bedon pour cet aliment. Je vous entend me dire « Oui, mais s’il n’a plus faim pour son repas, il n’a plus faim pour son dessert! » C’est faux.  Le dessert est un aliment comme un autre qui est servi au repas et n’est pas un aliment spécial ou un but à atteindre après avoir franchi l’obstacle de manger tout le contenu de l’assiette ou les légumes…

 C’est possible qu’il n’ait plus d’appétit pour le repas principal, car il est saturé de la saveur salée, mais qu’il ait de l’appétit pour le dessert qui présente une saveur sucrée. C’est tout à fait normal, cela s’appelle la satiété spécifique. Votre enfant a donc droit, s’il le demande, à UNE portion de dessert qu’il ait touché à son assiette ou non. 

Interdire le dessert ou obliger à quelques bouchées ou à terminer les légumes pour avoir le fameux dessert n’est pas sans impact. Lorsque l’on utilise un aliment comme une récompense, dans ce cas-ci le dessert, on augmente l’attrait ou l’intérêt pour l’aliment-récompense en augmentant sa valeur aux yeux des enfants et on contribue à abaisser l’intérêt pour les aliments que l’on oblige à consommer.  On lui apprend donc à aimer davantage le dessert et à aimer moins les aliments qu’il est « forcé » de consommer.

En résumé

  • On offre un seul menu. C’est nous, parents, qui décidons ce qui se retrouve sur la table.
    • Nul question de faire un « grill-cheese » ou une toast au beurre d’arachides si l’enfant ne veut pas du repas présenté. Il mangera uniquement son dessert et apprendra que lorsque l’on ne mange pas assez, on a faim peu de temps après le repas.
  • On établit un horaire régulier de repas et collations
    • Les repas et les collations présentés régulièrement à l’enfant le sécurise. 
    • Le réfrigérateur et le garde-manger ne sont pas des libres-services en tout temps. Comment un enfant peut-il avoir faim aux repas s’il grignote toujours entre les repas et pourquoi mettrait-il un effort à manger aux repas lorsqu’il sait qu’il pourra aller se chercher ce qui lui plait davantage tout de suite après le repas?
  • On mange en famille, sans distraction, tous ensemble
    • Je sais, ce n’est pas toujours possible de manger tous ensemble avec les horaires de travail, les cours… Cependant, le parent présent au repas devrait prendre place avec les enfants afin de jouer son rôle de modèle. Si les enfants vous observent manger avec appétit certains aliments ils seront plus enclins à le faire en retour.
  • On laisse l’enfant décider de la quantité qu’il souhaite manger
    • On lâche prise sur l’assiette de notre enfant. On n’insiste pas lorsque l’on entend: « Je n’en veux plus » ou si l’enfant n’a pas touché à ses légumes ou autres. On encourage à gouter, à manger, sans obliger.
  • On sert le dessert à l’enfant même s’il n’a pas terminé son assiette, ses légumes ou qu’il n’a pas touché du tout à son assiette
    • Le dessert est un aliment comme les autres qui sert à compléter le repas, il n’est pas une récompense ou une punition. On sert donc UNE portion raisonnable de dessert à l’enfant et je vous invite à laisser l’assiette tout près pour que votre enfant puisse y revenir s’il a encore faim après son dessert.

On lâche prise et on résiste à la tentation d’argumenter. Souvent, plus on insiste, plus l’enfant résiste, plus il résiste, plus on insiste doublement, c’est un cercle vicieux.
Vous constaterez après quelques semaines, combien c’est agréable de faire confiance à nos enfants et à leur bedon. L’ambiance sera des plus agréable aux repas.

Bon lâcher prise!