Cuisiner avec nos enfants. Un immense cadeau.

Par Weena Beaulieu, Dt.P.
Diététiste-Nutritionniste

Il y a quelques décennies, c’était normal et familier de voir une maman occupée au fourneau, qui avait pratiquement passé son après-midi à cuisiner. Que d’odeurs dans la maison. Aujourd’hui, à l’ère où les deux parents sont sur le marché du travail, cuisiner peut sembler une corvée et nous choisissons souvent des aliments transformés, rapides à préparer pour se faciliter la vie. 

Un des impacts de la diminution de la cuisine à la maison est, bien entendu, la diminution de la transmission des compétences culinaires. Cuisiner avec nos enfants, leur permet, en plus de leur apprendre à popoter, de faire des choix alimentaires plus sains. De plus en plus d’études tendent à démontrer la relation entre les compétences culinaires et l’orientation des choix alimentaires  chez les petits et les plus grands. C’est à dire que plus les enfants savent cuisiner, plus ils ont tendance à choisir des aliments nutritifs.

Oui, cuisiner avec les enfants c’est salissant, c’est plus long, cela implique que le gâteau n’a pas aussi fière allure que lorsque je le fais seule, puisque la moitié de la poudre à pâte a pris le bord du plancher en brassant, mais c’est, ô combien, gratifiant d’entendre « Maman, je veux t’aider à préparer le chili » ou « Maman, il y plein de pommes. On pourrait faire des biscuits aux pommes. » ou encore de voir ma puce de 20 mois arriver en courant dès qu’elle entend la « mixette » et clamer « e veux, e veux » pour me dire « Moi aussi maman, je veux la tenir avec toi ».  De beaux moments qu’elles voudront reproduire année après année et ce, même quand je ne serai plus là pour cuisiner avec elles.

Cuisiner avec les enfants, pourquoi?

Pour les éveiller aux aliments

Cuisiner favorise le contact avec les aliments. Votre enfant voit ceux-ci sous leur forme non transformée. Il sera donc en mesure de savoir que le petit morceau rouge et tendre dans son assiette s’appelle poivron et de le reconnaître lorsqu’il vous accompagnera à l’épicerie. 
« Regarde maman, c’est des poivrons, on en achète? »

De plus, votre enfant sera plus enclin à goûter un mets qu’il a cuisiné. Vous pouvez donc intégrer votre enfant dans la préparation d’un mets ou d’un ingrédient qu’il apprécie moins. Il aura certainement envie, au moins, de le goûter ensuite.

Pour leur transmettre vos précieuses compétences140304551

En cuisinant avec votre enfant, celui-ci apprendra en vous observant et en manipulant les ingrédients, les outils, les équipements, les livres de recettes, etc. Il aura donc eu la chance de développer des compétences qui lui serviront pour se débrouiller dans sa cuisine lorsque viendra le jour de quitter le nid familial. Un immense cadeau.

Pour favoriser le développement de leur motricité, de leur vocabulaire et des habiletés en lecture et en math

Tout comme le jeu et diverses activités, l’activité de cuisine permet diverses actions telles que manipuler des aliments, couper, transvider, mélanger, peler, etc. qui permettent à votre tout-petit de développer ses habiletés motrices, particulièrement au niveau des mains et des doigts.

Compter les œufs, x cuillères de poudre à pâte, rechercher 125 ml sur la tasse à mesurer, lire les ingrédients d’une recette, apprendre qu’une « mixette » et  un batteur à main sont le même équipement de cuisine, etc. sont des éléments qui favorisent le développement  du vocabulaire et de diverses habiletés chez votre coco.

Pour aider à bâtir l’estime de soi

Votre enfant est souvent fier de ce qu’il accompli, grands ou petits gestes. Juste à regarder le sourire de fierté de ma plus jeune lorsqu’elle manipule le batteur à main avec moi, je ne peux qu’en être convaincue. Votre enfant sera fier de dire à papa qu’il a participé avec vous à la préparation et il aura envie d’y goûter.

Pour s’amuser, simplement

Faire participer notre enfant à une activité de cuisine peut s’avérer vraiment amusant et devrait se faire avec le sourire. Personnellement, je le fais parce que j’en ai envie, je suis disposée (de bon humeur) et parce que je considère que c’est une activité complice avec mes filles tout comme jouer à un jeu, faire un bricolage, etc. Ça me permet de passer un peu de temps avec mes filles, ma grande particulièrement, plutôt que de lui dire 100 fois: « Maman, a bientôt terminé. »

Adaptez l’activité en fonction de l’âge

Il est possible de commencer tôt à initier les jeunes à la cuisine. Dès 2 ans (sans blague), on peut inviter notre enfant à mettre le nez dans nos chaudrons.  Consultez les tableaux ci-dessous pour vous donner une idée des tâches que peut accomplir votre enfant en fonction de son âge.

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Pour que ce soit agréable
enfant toque de chef qui cuisinent

  • Ne voyez pas la présence de votre enfant dans vos chaudrons comme une obligation. Nul besoin que ce soit tous les jours, vous pourriez choisir par exemple que ce soit uniquement la fin de semaine parce que vous êtes plus relaxe et avez plus de temps. Le reste de la semaine, vous pouvez demander à votre enfant de vous aider en mettant les napperons, les ustensiles et autres sur la table.
  • Partagez les soirs de cuisine entre vos enfants. Vous aimeriez faire participer vos cocos plus souvent, mais les soirs de semaine ce n’est pas facile avec vos 2 ou 3 tout-petits? Pourquoi ne pas utiliser le principe du chacun son tour? Demain, je ferai la cuisine avec Anna et après-demain ce sera le tour de Léo. De cette façon, vous faites cuisiner vos enfants plus souvent et cela vous semble moins périlleux.
  • Acceptez les dégâts. Les enfants ne contrôlent pas toujours bien leurs gestes. Ils sont en plein développement moteur et sont plutôt maladroits Il est donc possible que de la farine recouvre le comptoir et le plancher et que des petits doigts tout collants laissent leurs traces. C’est normal et il faut l’accepter lorsque l’on s’engage dans ce type d’activité avec les enfants afin d’éviter les: « Ah non! tu en a renversé », « Ne mets pas tes mains sales là », etc. Cela rendrait l’activité désagréable pour votre jeune.  Gardez le sourire, votre enfant a du plaisir!

Sur ce, je vous souhaite une bonne transmission de compétences culinaires.
N’oubliez pas que les enfants ne sont jamais trop jeunes, cela ne fera qu’ancrer davantage la cuisine parmi des activités de la vie courante et fera partie de leurs habitudes.

Bonne popote!