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Bravo, tu as tout mangé!

Par 
Weena Beaulieu, Dt.P. 
Diététiste-Nutritionniste

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Dans le but de voir nos enfants manger des aliments nutritifs et parce que nous souhaitons le meilleur pour eux, nous utilisons parfois des stratégies pour les inciter à manger davantage ou à consommer un aliment en particulier. Bien intentionnés, nous ne réalisons pas toujours l’impact de ces mots sur nos tout-petits.   

Le but de ce texte sert à mettre en lumière les raisons pour lesquelles il est préférable d’être vigilant dans l’utilisation de stratégies de persuasion aux repas avec nos tout-petits. L’idée n’est surtout pas de vous culpabiliser, mais seulement de semer des graines qui inciteront à la réflexion.  

 

Punir ou récompenser avec les aliments.  

  • Tu n’auras pas de dessert si tu ne manges pas ta viande.  img01_style_autoritaire
  • Prend encore 2 bouchées d’asperges et tu auras ton biscuit.  
  • Finis ton assiette, sinon tu n’auras pas de dessert.   
  • Bravo, tu as TOUT mangé, tu peux prendre ton dessert.  

Sans le souhaiter, utiliser ce type de stratégie revient à punir ou récompenser notre enfant avec un aliment. Cela n’est pas souhaitable puisque l’enfant risque de développer un attrait marqué pour les aliments qui sont offerts en récompense et il pourrait en arriver à détester les aliments qu’il est dans l’obligation de consommer (légumes, viande) pour obtenir sa récompense tant désirée, souvent le fameux dessert.      

Demander à notre enfant de manger davantage pour obtenir son dessert revient à lui dire qu’il doit remplir son bedon avec le contenu de l’assiette avant de pouvoir manger son dessert. Cela nuit grandement à l’écoute de ses signaux de faim et de rassasiement. Il mangera donc souvent plus qu’à sa faim. Cela n’est pas souhaitable pour le confort et la santé à long terme de nos tout-petits.   
 

Utiliser le «chantage émotif» pour inciter fortement à goûter ou manger 

  • Goûte s’il vous plaît, j’ai préparé ce repas avec amour pour toi.  
  • Je suis fière de toi, tu as tout mangé! 

Encore une fois, empreint de bonnes intentions, cette pratique relève du « chantage émotif » pour inciter notre enfant à manger, à goûter ou encore pour renforcer son comportement d’avoir tout mangé.  

Notre enfant ne doit pas croire que notre amour et notre fierté dépend du fait qu’il consomme ou non un aliment ou qu’il termine son assiette ou non. Il pourrait être incité à manger un aliment ou à terminer son assiette, alors qu’il n’a plus faim simplement pour nous faire plaisir ou nous éviter une déception.  

Restreindre ou interdire certains aliments 

  • Ton dessert sera un fruit, car tu n’as pas fini ton assiette.  
  • Tu me demandes encore des « chips »,  c’est des cochonneries, ce n’est pas bon pour la santé.  

C’est bien connu, la privation ou la restriction peut conduire à l’excès. Il est possible que ces anodines phrases incitent notre enfant à surconsommer les aliments qui lui sont restreints ou interdits et à se sentir coupable lorsqu’il les consommera.  On a qu’à penser au petit ami qui dévore le bol de croustilles et de jujubes lorsqu’il se présente à une fête d’enfant à la maison. Il est possible de croire que, chez lui, ces aliments soient interdits ou soient seulement pour les adultes! 
 
Au contraire, permettre ce type d’aliments à l’occasion et ne pas en faire tout un plat (donc, en ne faisant aucun commentaire) amène à une consommation raisonnable, car notre enfant sait qu’il y aura droit une prochaine fois. Cela évite aussi le sentiment de culpabilité, car il sait qu’il a le droit d’en manger et contribue au maintien d’une relation saine avec les aliments.  

Insister pour goûter, manger davantage ou terminer l’assiette 

  • Encore 2 bouchées avant de sortir de table.  
  • Mange, il ne faut pas gaspiller.  

Obliger ou forcer notre enfant à manger nuit à son plaisir de manger, donc à sa relation avec les aliments. Qui peut apprendre à aimer un aliment qu’il est contraint d’avaler?  
De plus, cela nuit grandement à l’écoute des signaux de faim et de rassasiement. L’enfant qui demande à sortir de table ou qui arrête de manger l’assiette non terminée, a le plus souvent comblé ses besoins et n’a plus faim. Il ne souhaite pas se sentir inconfortable en prenant des bouchées supplémentaires ou en terminant son assiette.  

Promesses exagérées

  • Mange tes brocolis, tu deviendras grand, fort et en santé comme papa.  

Notre enfant mange les aliments parce qu’il apprécie leur goût et non parce que c’est bon pour sa santé. D’ailleurs, la santé est une notion très abstraite pour les enfants. Avez-vous déjà demandé à votre enfant ce qu’est la santé? Gageons que la réponse fut un peu complexe!    
 
Ces types de phrases sont des promesses exagérées et engendrent des pressions inutiles sur notre enfant afin qu’il mange.  Vous souvenez-vous de : « Mange tes épinards pour devenir fort comme Popeye »? Je me souviens d’avoir souvent englouti des épinards bouillis avec cette phrase en arrière-fond. Aujourd’hui, je déteste les épinards bouillis. Savez-vous quoi? Je suis forte! Peut-être pas comme Popeye, mais bon.  

Consoler ou calmer avec les aliments 

  • Allez, arrête de pleurer. Viens, on va manger un bon biscuit.  

Notre enfant aura tendance à conserver ce réflexe et à calmer sa colère, sa peine, son ennui avec la nourriture. Manger ses émotions n’est pas souhaitable, il existe de meilleures façons pour se changer les idées que la nourriture.  

Je sais cependant qu’il n’est pas facile de changer nos habitudes. Nous utilisons ces stratégies parce que, souvent, nos parents bien intentionnés les ont utilisées avec nous.  

Cependant, en réalisant l’impact de ceux-ci sur nos enfants, il est plus facile de comprendre l’importance d’y porter attention.  

Petits trucs à privilégier

Plutôt que d’inciter nos enfants à manger ou à goûter avec des phrases du type de celles énoncées plus tôt, je vous invite donc à utiliser les techniques suivantes : 

Manger avec nos enfants et démontrer du plaisir! 

  • Que c’est bon ce repas. Que préfères-tu dans ton assiette?famille mange
  • Regarde la belle couleur orange du potage de carottes. Est-ce qu’on goûte pour voir si j’ai mis des oranges dedans?    

Parler de la couleur, de la saveur, de la texture des aliments pour l’inviter à manger 

  • Entends-tu le « crunch » des pois mange-tout quand tu les croques? 
  • Est-ce que tu sais d’où viennent ces belles asperges fraîches? 
  • Moi, j’adore la texture croquante des asperges cuites au four.  

Inviter notre enfant à goûter sans l’obliger 

  • J’adore la salade de pois chiches! Est-ce qu’on goûte en même temps pour voir comme c’est bon? 

L’important est qu’il en mange un jour. Ma grande a longtemps boudé plusieurs types d’aliments. Aujourd’hui, elle mange pratiquement de tout. Elle a goûté, mangé et aimé lorsqu’elle était prête, à son rythme, sans obligation. 

Respecter nos propres signaux de faim et de rassasiement.  

  • Je n’ai plus faim pour un dessert, alors je n’en prendrai pas.  
  • Ces pâtes sont excellentes, mais mon ventre n’a plus faim, alors j’arrête d’en manger.  
  • Je vais me garder une place pour le bon dessert.  

Servir de petites portions à notre enfant  

  • Les portions servies aux enfants sont souvent trop “grosses”.  C’est notre rôle de parents ou d’éducateurs de les guider.  
    • Servons de petites portions, il sera possible d’en demander à nouveau si notre enfant a encore faim.  

Souvent, nous utilisons des stratégies parce que nous trouvons qu’il en reste beaucoup dans l’assiette et que notre enfant n’a pas assez mangé. Servir de petites portions évite cette « impression » et si notre enfant a encore faim, il en demandera à nouveau.  

Les enfants ont une faim très variable, alors il est possible qu’un jour il mange comme un loup et le lendemain comme une petite souris. C’est normal! 

Bon repas avec vos tout-petits!