Aimer les aliments, un chemin sinueux et parfois parsemés d’obstacles!

Par
Weena Beaulieu, Dt.P.
Diététiste-Nutritionniste

La parfaite petite fille de nutritionnistebébé qui mange avec plaisir

Il y a près de 5 ans, lorsque j’étais enceinte de ma première fille,  j’avais déjà hâte au jour où, « la parfaite petite fille de nutritionniste à maman », ouvrirait la bouche, à la vue de tous les bons petits plats que j’allais lui cuisiner, mais surtout, oui surtout, que ces premières paroles seraient « Miam! Miam! ». Bref, qu’elle adorerait manger et manger de tout!  

Je m’étais trompé! Plus périlleuses les unes que les autres, chaque bouchée que je portais à sa bouche, ne semblait aucunement l’intéresser et encore moins lui procurer de plaisir! J’ai dû me rendre à l’évidence, ma fille ne serait pas de ces poupons qui ouvrent la bouche, affamés et enthousiastes, lorsque la cuillère se présente. Son chemin à elle, vers la découverte des aliments, serait plus sinueux et assurément parsemés d’obstacles! J’ai respiré et je me suis dit : « Ne t’en fais pas ma puce, maman est là pour t’accompagner! »  Norah a dû apprendre longuement et apprend encore, à 4 1/2 ans,  à apprécier les textures, les saveurs, les odeurs, etc.  

Que diriez-vous si je vous disais qu’elle a apprécié les bananes à 2  ans et le melon d’eau à 3 ans, que la texture plus coriace d’une viande l’empêche parfois d’avaler, que LE grain de poivre noir est trop « chaud » dans sa bouche, etc.? Vous diriez qu’elle est difficile? NON, elle est ce qu’elle est, une enfant unique, qui apprend à aimer les aliments à son rythme et le sien est tout simplement plus lent.

Aimer les aliments à son propre rythme

Il est normal que tous les enfants n’apprécient pas les aliments à la même vitesse. Certains enfants ont des papilles très sensibles aux saveurs, aux textures, à la température, alors que d’autres enfants sont beaucoup moins sensibles. Ma grande fille a simplement les papilles très sensibles. Cela lui demande plus d’essais avant de goûter et d’aimer un aliment. Pour continuer à lui présenter les aliments,  j’ai dû me rappeler souvent qu’il est normal de présenter un aliment de 5 à 20 fois et même davantage avant que l’enfant accepte de le goûter! Rassurant!

Maman et papa doivent travailler dans le même sens

Pour que les occasions de manger demeurent agréables à la maison (et ailleurs!), nous avons dû, mon conjoint et moi, être sur la même longueur d’onde. Pour moi, c’est la base! 

Voici les grandes lignes sur lesquelles nous nous sommes mis d’accord :

Encourager nos enfants à goûter sans les forcer!

  • Les enfants goûtent lorsqu’ils sont prêts.  Nous ne souhaitons pas que nos enfants développent  une aversion pour les aliments qu’ils seraient forcés d’avaler. À titre d’exemple, lorsque Norah a une bouchée qu’elle est incapable d’avaler, de la viande par exemple, nous lui proposons de recracher poliment sans en faire de cas.

Manger les aliments, avec les enfants!

  • Nos enfants adorent nous imiter. Nos enfants ont appris à parler, à marcher, à rire, etc. en nous imitant, ils auront envie de faire de même en nous observant manger! Manger les mêmes aliments qu’eux, assis avec eux à la table, en démontrant de l’enthousiasme et du plaisir est des plus bénéfiques!

Éviter d’utiliser les aliments pour marchander ou punir!

  • Les phrases du type : « Encore 2 bouchées sinon tu n’auras pas de dessert », « Mange tes asperges pour sortir de table », « Maman sera triste si tu ne manges pas cette bonne salade »,  ne sont pas les bienvenues à notre table.  Nous ne souhaitons pas que le dessert devienne un aliment- récompense et que nos enfants mangent par obligation et non par plaisir.

Aujourd’hui, Norah aime beaucoup d’aliments, elle a fini par goûter presque tout. Parfois, ça a pris quelques années, parfois ce fut plus rapide, mais nous la respectons et l’accompagnons sur la route du développement du goût!

Il n’y en a pas deux pareils!

Lorsque j’ai eu ma 2e fille, j’étais prête! Prête à essayer différentes sortes de céréales de bébé avant de trouver la préférée, prête à me heurter à une bouche fermée ou à des refus plus souvent qu’autrement, prête à tout! Mais surprise, j’ai une petite mangeuse aux papilles peu sensibles! Je m’amuse à dire qu’elle a de vieilles papilles usées d’adulte. À 13 mois, elle mange presque de tout et elle adore manger! La progression des textures s’est faite rapidement et les grains de poivre trop « chaud » pour la bouche de sa sœur, elle ne les sent pas!

Comme quoi chaque enfant est unique, chaque enfant est différent, chaque enfant à son rythme d’apprentissage.  Ils ne marchent pas aux mêmes âges, leurs premiers mots ne sont pas les mêmes, alors pourquoi souhaitons-nous qu’ils apprennent à aimer les aliments tout de suite et au même rythme? Soyons patients, indulgents et tout se passera à merveille!

À vous de jouer!